Référendum sur le renforcement des pouvoirs d'Erdogan — Turquie

Quelque 55,3 millions de Turcs ont été appelés à prendre part au scrutin pour se prononcer sur une révision constitutionnelle prévoyant notamment la suppression du poste de Premier ministre au profit de celui d " un hyper président concentrant entre ses mains de vastes prérogatives.

S'il l'emporte, M. Erdogan, qui a échappé à une tentative de putsch il y a neuf mois, disposerait d'un pouvoir considérablement renforcé et pourrait en théorie rester président jusqu'en 2029. Le poste de Premier ministre sera supprimé, le président pourra gouverner par décrets et il pourra nommer les magistrats les plus importants du pays.

Le gouvernement présente la révision constitutionnelle comme indispensable pour assurer la stabilité du pays et lui permettre d'affronter les défis sécuritaires et économiques alors que l'opposition y voit la dérive autoritaire d'un homme qu'elle accuse de chercher à museler toute voix critique.

Pour Kemal Kiliçdaroglu, la Turquie a le choix: "Voulons-nous poursuivre avec une démocratie parlementaire ou un système de gouvernement par un seul homme?" a-t-il déclaré au cours de son rassemblement près de la capitale, comparant le système présidentiel voulu par le gouvernement à "un bus sans freins dont on ne connaît pas la destination".

En ce qui concerne l'Union européenne, le président de l'Institut Jacques Delors assure que, quel que soit le résultat du référendum, l'UE "a avant tout besoin d'un pouvoir stable et légitime en Turquie".

Si le texte est approuvé, "il enclencherait la restructuration la plus drastique des 94 ans d'histoire de la politique turque et de son système de gouvernance", selon un rapport signé par Sinan Ekim et Kemal Kirisci, du think tank Brookings Institution.

Les bureaux de vote ont ouvert à 7 h dans l'est du pays.

Le premier ministre, Binali Yildirim, a voté dans une école de la province d'Izmir, près de la côte de la mer Egée.

L'opposition a déploré ces dernières semaines une campagne inéquitable, avec une nette prédominance du oui dans les rues et dans les médias.

La Turquie est par ailleurs sous état d'urgence depuis le putsch manqué.

Le parti prokurde HDP a ainsi dû faire campagne alors que ses deux coprésidents et nombre de ses élus se trouvent en prison, accusés de liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme "terroriste" par Ankara et ses alliés occidentaux. Les Turcs résidant à l'étranger ont déjà voté.

La sécurité occupe également une grande place dans l'organisation du scrutin, la Turquie ayant été frappée ces derniers mois par une vague sans précédent d'attaques meurtrières liées à Daesh et à la rébellion kurde.

Quelque 33 600 policiers seront déployés à Istanbul pour assurer le bon déroulement du scrutin, selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu. Les 167.140 bureaux de vote fermeront à 17h00 (14h00 GMT).

Le Parlement aura toujours le pouvoir d'élaborer, d'amender ou d'abroger les lois.

L'image de Recep Tayyip Erdogan appelant cette nuit-là le peuple au secours à travers l'écran d'un smartphone, le visage livide, a marqué les esprits, autant que son arrivée triomphale au principal aéroport d'Istanbul au petit matin, signalant la défaite des putschistes. "La décision de notre nation sera la meilleure décision", a-t-il dit aux journalistes après avoir glissé son bulletin dans l'urne. L'âge d'éligibilité pour devenir député sera abaissé de 25 à 18 ans et les élections législatives et présidentielles se dérouleront tous les cinq ans, contre quatre actuellement.

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