L'opposition demande un nouveau décompte des résultats — Référendum en Turquie

L'entrée du Consulat de Turquie à Boulogne-Billancourt le 6 avril 2017

L'entrée du Consulat de Turquie à Boulogne-Billancourt le 6 avril 2017.C.G

Dans le cadre du référendum qui porte sur une réforme constitutionnelle en Turquie qui attribuera davantage de pouvoirs au président Recep Tayyip Erdogan, le "oui" l'emporterait de justesse.

Après dépouillement des bulletins de vote provenant de 25% des urnes, le oui était en tête avec 63,2%, contre 36,8% pour le non, selon les résultats partiels publiés par NTV. Mais l'opposition dénonce un changement de procédure validé à la dernière minute, qui pourrait mettre en doute le résultat du vote.

Recep Tayyip Erdogan a pris les devants en téléphonant à son Premier ministre, Binali Yildirim, et au chef de l'opposition nationaliste, le MHP (Parti d'action nationaliste) favorable au "oui", pour les féliciter de l'issue du référendum et remercier le peuple turc d'avoir exprimé sa volonté, ont dit les sources à la présidence. Le chef de l'Etat ne manquera pas de lire dans le verdict des urnes non seulement la validation de ses ambitions personnelles, mais aussi un blanc-seing pour sa politique répressive de l'après-tentative de putsch, lui qui n'a cessé de présenter le vote de dimanche comme une "réponse au 15 juillet", date du coup d'Etat manqué de l'été 2016.

Le gouvernement présente cette réforme comme indispensable pour assurer la stabilité de la Turquie et lui permettre d'affronter les défis sécuritaires et économiques.

"Mes chers concitoyens, d'après les résultats non officiels, le référendum prévoyant la présidentialisation du système s'est conclu par (une victoire du) oui", a déclaré M. Yildirim lors d'un discours de victoire depuis le quartier général de son parti, l'AKP, à Ankara. Bülent Tezcan, un autre secrétaire général adjoint du CHP, a dénoncé sur la chaîne de télévision CNN-Türk cette décision du YSK.

Le chef de l'État choisira ainsi directement ou indirectement six membres du Haut conseil des juges et procureurs (HSYK), chargé de nommer et destituer le personnel du système judiciaire.

Le nombre de députés passera de 550 à 600. Erdogan n'a pas mais sa démission en jeu mais celui qui a évité de peu un coup d'Etat militaire, il y a 9 mois, sera un plus isolé dans son palais. Une perspective inquiétante au vu de la dérive liberticide en cours en Turquie depuis le putsch raté.

Le Parlement aura toujours le pouvoir d'élaborer, d'amender ou d'abroger les lois.

Le président se félicite déjà de sa victoire.

Le projet de réforme constitutionnelle fixe au 3 novembre 2019 la date des prochaines élections présidentielle et législatives. Le président Tayyip Erdogan a dû rassurer vendredi ses alliés nationalistes après que le dirigeant du MHP, Devlet Bahçeli, a accusé un conseiller de M. Erdogan d'avoir suggéré que le fédéralisme était envisageable après le référendum. "Si vous continuez de vous comporter de cette manière, demain, aucun Européen, aucun occidental ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité dans la rue, nulle part dans le monde ". Le président sera élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois, mais il ne sera pas tenu compte du mandat actuel au moment du passage au nouveau système.

M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003, pourrait donc en théorie rester à la tête du pays jusqu'en 2029. Il aurait alors 75 ans.

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