Venezuela. Adversaires et partisans du gouvernement se défient dans la rue

En trois semaines, la vague de manifestations a fait cinq morts et des dizaines de blessés. " Nous appelons le peuple vénézuélien tout entier à se mobiliser ", a lancé mercredi le dirigeant de l'opposition Henrique Capriles cité par le Point. "Aujourd'hui nous avons été des millions, et demain il faut que nous soyons encore plus nombreux", a-t-il dit.

Les violences autour de ces défilés ont déjà fait huit morts en trois semaines, dont trois jeudi, et plus de 500 personnes ont été arrêtées, selon l'ONG Foro Penal.

Un adolescent de 17 ans et une jeune femme de 23 ans ont été tués, respectivement à Caracas et San Cristobal (ouest, à la frontière avec la Colombie) par les tirs d'inconnus cagoulés à moto, selon le parquet.

Un prêtre de 42 ans était au nombre des manifestants, accusant le gouvernement de violer les droits de la population à se nourrir et à s'exprimer librement. Si l'on en croit des témoignages de témoins cités par l'AFP, les auteurs des coups de feu seraient des "colectivos", nom désignant des groupes de civils armés par le gouvernement.

Parallèlement, un militaire a été tué par des manifestants dans la périphérie de Caracas, a affirmé en soirée à la télévision l'un des principaux responsables du pouvoir, Diosdado Cabello.

Au cours des précédentes actions de protestation, ce sont justement les opérations des forces de l'ordre pour repousser, à l'aide de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, les manifestants, lesquels répliquaient avec des pierres et des cocktails molotov, qui avaient dégénéré en violences.

Le représentant intérimaire des Etats-Unis, Kevin Sullivan, a rejeté "les allégations infondées et déraisonnables faites par le représentant du Venezuela à propos de notre soutien à un coup au Venezuela ainsi qu'à des manifestations violentes". " Nous sommes préoccupés par le fait que le gouvernement de Maduro viole sa propre Constitution et n'autorise pas l'opposition à faire entendre sa voix, " a ajouté le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson. Ces rassemblements ont été baptisés " la mère de toutes les manifestations ". Il réagissait à la pression internationale qui s'est accrue ces derniers jours: onze pays latino-américains ont demandé à Caracas de "garantir" le droit de protester pacifiquement, tandis que Washington a mis en garde les fonctionnaires publics contre toute mesure de répression. "Le Venezuela livrera la bataille contre ce groupe minoritaire de gouvernements qui pensent promouvoir une intervention honteuse" sur son territoire, s'est exclamée mercredi la ministre des Affaires étrangères, Delcy Rodriguez.

Le département d'État américain avait adressé mardi une sévère mise en garde aux autorités de Caracas en les appelant à cesser de réprimer les manifestations de l'opposition, à la veille du grand rassemblement marqué mercredi par la mort d'un manifestant et des affrontements entre la police et des opposants.

Cette vague de manifestations a débuté le 1er avril quand la Cour suprême s'est arrogée les prérogatives du Parlement, déclenchant un tollé diplomatique qui l'a poussée à revenir en arrière 48 heures plus tard.

"L'opposition est plus unie que jamais". L'opposition, majoritaire au Parlement depuis fin 2015, veut obtenir le départ anticipé du socialiste Nicolas Maduro, qui a succédé à Hugo Chavez après son décès, le 5 mars 2013.

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