Les conséquences concrètes au Qatar — Crise du Golfe

Vue de Doha le 5 juin 2017

Vue de Doha le 5 juin 2017

S'y ajoutent une suspension de vols aériens, des mesures économiques comme la fermeture des frontières terrestres et maritimes avec le Qatar ainsi que des interdictions de survol aux compagnies qataries et des restrictions aux déplacements des personnes. Selon le spécialiste du Moyen-Orient Karim Sader, maître de conférences à l'université Saint-Joseph de Beyrouth, ces raisons officielles ne sont que la "partie immergée de l'iceberg qui cache des désaccords plus structurels et plus profonds", détaille-t-il à 20 Minutes.

Riyad et ses alliés reprochent également à leur voisin de soutenir les groupes islamistes, voire djihadistes, sunnites, dans la région. Hier lundi 06 juin 2017, l'indice Qatar Stock Exchange a trinqué, s'érodant de 7.6% dans la matinée.

Les précédentes administrations américaines avaient déjà exprimé leurs préoccupations sur les centaines de millions de dollars en provenance du Qatar, de l'Arabie Saoudite et du Koweït pour financer des groupes comme l'EI et Al-Qaïda. En 2014, les trois pays avaient rappelé leurs ambassadeurs à Doha pour protester contre le soutien du Qatar aux Frères musulmans. Une crise dont les effets n'ont pas tardé à se faire sentir: lundi la bourse de Doha ouvrait en baisse de 8%. Le Qatar partage avec l'Iran des intérêts stratégiques, notamment un gisement gazier offshore (le Qatar s'est fortement enrichi en exportant son gaz, NDLR).

Le Qatar a aussi été exclu de la coalition militaire arabe opérant au Yémen sous commandement saoudien.

Le président américain Donald Trump a fait un lien mardi entre ses propos récents au Moyen-Orient contre le financement de l'idéologie radicale et la décision de pays de la région d'ostraciser le Qatar, accusé de financer le terrorisme. C'est pourquoi, d'ailleurs, cette tension apparaît beaucoup plus comme une diversion momentanée dont le principal bénéficiaire n'est autre que l'occupant israélien qui jubile en ce moment, estimant que cela permet au monde de ne pas être braqué sur sa politique criminelle de colonisation des terres palestiniennes. "Cette fois-ci, la mise à l'écart est si forte qu'il ne s'agit plus seulement d'une crise diplomatique mais d'une quasi-déclaration de guerre", craint-il. "C'est si bon de voir que la visite en Arabie Saoudite avec le roi et cinquante pays porte ses fruits".

Les conséquences économiques pourraient être grandes pour le Qatar.

Six compagnies du Golfe, ainsi qu'EgyptAir, ont suspendu "jusqu'à nouvel ordre" leurs vols vers ou depuis Doha, entraînant une grogne de passagers.

Les autorités saoudiennes ont annoncé ce mardi qu'elles avaient annulé la licence de Qatar Airways, et que les bureaux de la compagnie en Arabie saoudite fermeraient "d'ici 48 heures ". La fermeture du seul accès terrestre au Qatar, via l'Arabie saoudite, affectera lui les importations de biens de consommation. Doha refuse de couper tous les ponts avec Téhéran et continue d'entretenir des relations diplomatiques avec ce dernier.

Le gouvernement qatari a affirmé qu'il prendrait "toutes les mesures nécessaires pour mettre en échec les tentatives de nuire à (sa) population et (son) économie". C'était à peine mieux à la clôture, -7.5%.

La Russie déplore de son côté la rupture des relations entre huit pays du Proche-Orient et le Qatar, puisque la lutte contre la menace terroriste est plus importante que l'existence des divergences entre les pays de la région. Les Etats-Unis, qui disposent aussi au Qatar d'une base aérienne cruciale pour la lutte contre Daech en Irak et Syrie, ont appelé leurs alliés saoudiens et qataris au compromis.

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