Élections incertaines — Royaume-Uni

Cette élection anticipée en vue des négociations du Brexit, sur fond de menace terroriste opposera la Première ministre Theresa May et le leader de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn.

"Je suis encore indécis à ce stade", confiait à l'AFP Collin Goodhew, un designer de 60 ans sur le point de glisser son bulletin dans l'urne d'un bureau de vote de Maidenhead (ouest de Londres) où Theresa May est candidate. A Brighton (sud), un bureau de vote a été installé dans un moulin à vent du XIXe siècle.

Le scrutin, auquel 47 millions de Britanniques sont appelés à participer, a été déclenché trois ans avant le terme de la législature par Theresa May, qui espère obtenir une majorité renforcée pour négocier le Brexit avec les 27. Le résultat final est attendu vendredi à l'aube.

Un dernier sondage YouGov-Times réalisé du 5 au 7 juin auprès de 2.130 personnes donnait les conservateurs à 42% devant les travaillistes à 35%.

"On ne veut pas que ces attaques influencent ce qu'on pense", assurait Javed, 23 ans, dans un bureau de vote de Barking (est de Londres), d'où provenaient des auteurs de l'attentat de samedi.

Les analystes estiment très difficile de mesurer les répercussions des attentats sur le résultat du scrutin.

L'enjeu du scrutin dépasse largement les frontières du pays, alors que l'Union européenne veut débuter au plus vite les négociations sur le Brexit.

Theresa May, qui a remplacé David Cameron après le référendum sur l'UE en 2016, souhaite renforcer la courte majorité de 17 sièges dont elle dispose au Parlement pour se mettre à l'abri de toute rébellion dans son camp au moment de négocier son projet de Brexit "dur".

"Donnez-moi un mandat clair pour négocier le meilleur accord possible pour le Royaume-Uni", a-t-elle demandé aux électeurs.

De son côté, Jeremy Corbyn se trouvait à Birmingham pour un meeting durant lequel il a déclaré: "alors que les conservateurs promettent cinq années de plus d'un pays gouverné par les super-riches et de coupes budgétaires pour tous les autres, le parti travailliste transformera le Royaume-Uni grâce à des investissements dans les infrastructures et en reconstruisant la santé et les services publics".

Si le Brexit est la raison d'être du scrutin et une préoccupation centrale des Britanniques, il a été paradoxalement quasi absent des débats. En dehors de se chamailler pour savoir qui était le mieux à même pour mener les négociations, Mme May et M. Corbyn n'ont jamais développé leur vision d'un avenir post-Brexit.

"Nous ne savons pas vraiment ce qu'ils vont faire à propos du Brexit", regrettait dans un bureau de vote londonien Joe Kerney, 53 ans.

Seuls les centristes du parti Libéral-démocrate et les nationalistes écossais du SNP ont placé la question au centre de leur campagne.

A l'aise sur ce terrain, celui-ci a étonné jusqu'au sein de son propre parti, dont 80% des députés avaient tenté de le renverser, convaincus que le Labour n'avait aucune chance de gagner avec "Jezz" aux commandes.

Theresa May, en revanche, a peiné à enthousiasmer ses partisans en se contentant de décliner ses éléments de langage en petit comité. Selon Eric Kaufmann, professeur de sciences politiques à l'Université de Londres, ce type d'attaques "ont tendance à conforter les électeurs dans leurs convictions".

Les Conservateurs comptent récupérer le maximum de voix du parti eurosceptique et favorable au Brexit Ukip, troisième force politique du pays en 2015 mais en pleine déconfiture depuis le départ de son charismatique leader Nigel Farage.

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