Un parlement sans majorité absolue — Royaume-Uni

Le commissaire européen français Pierre Moscovici a estimé que Mme May avait "perdu son pari" et se trouvait "dans une situation moins simple".

Le Premier ministre, Theresa May, est dans l'incapacité de renforcer sa majorité avant les négociations pour quitter l'Union européenne.

Mais les travaillistes de Jeremy Corbyn ont contrarié ces plans au terme d'une campagne réussie. L'euro valait pour sa part 88,12 pence - après avoir atteint vers 06H50 GMT 88,59 pence, son niveau le plus fort en sept mois - contre 86,60 pence la veille. Elle reculait également face au dollar, à 1,2745 dollar pour une livre contre 1,2962 la veille.

Mme May a indiqué compter sur le soutien du parti nord-irlandais unioniste DUP, qui a remporté dix sièges, pour gouverner. "Ce pourrait même signifier la fin de sa carrière politique", tranche le Dr Mike Finn, chercheur à l'université de Warwick. Résultat: "toute l'approche du Brexit est remise en question".

M. Corbyn, largement réélu dans sa circonscription d'Islington, au nord de Londres, a estimé que sa campagne électorale "positive" avait "changé la politique, pour le meilleur", et appelé Mme May à la démission. Selon les résultats partiels compilés par Reuters en début de matinée, vendredi, qui totalisent 640 des 650 circonscriptions, la Première ministre ne peut plus obtenir de majorité absolue à la Chambre des communes après le scrutin de jeudi: avec 312 sièges, la barre des 326 qui représente la moitié des élus est désormais hors de portée. "C'est assez pour qu'elle parte et laisse la place à un gouvernement vraiment représentatif", a déclaré le vétéran barbu de 68 ans qui a appelé à "un Brexit qui protège les emplois".

Mme May, reconduite à Maidenhead (ouest), s'est contentée d'affirmer que "quels que soient les résultats", son parti "assurer (ait) la stabilité" dont "le pays a besoin".

A gauche, les indépendantistes écossais du SNP essuieraient de lourdes pertes, à 34 sièges contre 54 précédemment, selon les projections. Leur numéro 2, Angus Robertson, est battu. Les Libéraux-Démocrates, seul parti résolument europhile, gagne 4 sièges à 12 mandats, selon ces résultats. Les Lib-Dem ont prévenu jeudi soir qu'il n'y aurait "pas de coalition".

Si les conservateurs ne forment pas de coalition avec un ou plusieurs autres partis, ils ne pourront alors que composer un gouvernement minoritaire, par définition fragile.

Nigel Farage, ancien leader du parti europhobe Ukip, est inquiet.

"C'est un désastre pour Theresa May. Au lieu d'un leadership fort et stable, nous sommes témoins du chaos et de l'incertitude", a déploré pour sa part le député conservateur allemand Markus Ferber, impliqué dans les discussions sur l'accès aux marchés de l'UE pour le secteur financier britannique.

Ce net recul est "une très mauvaise nouvelle" pour "la revendication (du parti) d'un deuxième référendum" sur l'indépendance de l'Ecosse, a souligné Iain Begg, professeur à la LSE, à l'AFP.

"C'est la leçon des deux dernières années", estime Brian Klaas, de la London School of Economics. "Les électeurs n'aiment pas qu'on prenne leur vote pour acquis", dit-il, énumérant le référendum sur le Brexit et l'élection du président américain Donald Trump.

Un an après le vote en faveur d'une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, souligne cependant qu'il est toujours "difficile de prévoir" quand le pays aura une stratégie claire.

"J'ai fait mon choix sur ces deux questions: avoir un bon accord sur le Brexit, et la sécurité", soulignait à l'AFP Angus Ditmas, 25 ans, à Londres.

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