La conquête du pouvoir confirmée avec éclat pour Macron — Législatives

Le parti centriste du nouveau président français Emmanuel Macron s'apprête à rafler une écrasante majorité à l'Assemblée après avoir pulvérisé les partis traditionnels et l'extrême droite au premier tour des législatives dimanche, marquées par une abstention record. Selon de premières estimations publiées par Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France, La République En Marche (LREM) obtiendrait 32,2% des voix et raflerait, selon les projections, entre 390 et 430 sièges des 577 que compte l'Assemblée nationale. "Vous avez été des millions à confirmer votre attachement au projet de renouvellement, de rassemblement et de reconquête du président de la République ", a-t-il dit.

Un score retentissant pour ce mouvement qui n'existait pas il y a encore un an et a réussi à laminer les partis traditionnels de gauche et de droite se partageant le pouvoir en France depuis 60 ans.

A gauche, le Parti socialiste de l'ex-président François Hollande, qui contrôlait la moitié de l'Assemblée sortante, s'effondrerait à moins de 40 sièges. Le Premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a pour sa part déploré un "recul sans précédent de la gauche dans son ensemble et du PS en particulier ".

Le patron du PS, éliminé à Paris, fait partie du cortège des battus, avec les anciens ministres Mathias Fekl, Pascale Boistard, Aurélie Filippetti ou Elisabeth Guigou. Le candidat du PS à la présidentielle Benoît Hamon a lui aussi été éliminé dès le premier tour, tout comme les anciennes ministres écologistes Cécile Duflot et Emmanuelle Cosse.

Suivent la droite LR-UDI-DVD à 21,56% et le FN à 13,20%.

Après avoir remporté l'élection présidentielle, Emmanuel Macron est en passe d'imposer une majorité à son nom à l'Assemblée nationale. "Notre pays attend des pouvoirs équilibrés et non concentrés en un seul parti", a prévenu ce dimanche François Baroin, chef de file LR pour ces élections. A Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet parvient au second tour mais est en ballotage très défavorable derrière le candidat REM.

Pour autant, "ni ses 24% du premier tour de l'élection présidentielle, ni les 50% d'abstention de ce dimanche ne doivent donner l'illusion d'une France convertie à la Macron-mania", relève Nicolas Beytout dans L'Opinion.

Mme Le Pen, en tête avec 46% des voix dans le Pas-de-Calais, a centré sa riposte sur le "taux d'abstention catastrophique" qui "pose la question du mode de scrutin" majoritaire.

Toutefois, l'abstention a atteint le niveau record de 51,29%, du jamais vu au premier tour des législatives sous la Ve République. La droite, qui espérait priver le nouveau président Macron de majorité, terminerait avec 70 à 130 élus LR et UDI.

Pour sa part, Marine Le Pen pourrait faire son entrée au parlement français pour la première fois puisqu'elle est arrivée en tête dans sa circonscription du nord de la France. En revanche, il peut espérer battre le record de sièges pour un seul parti, détenu par l'UMP en 2002 (365 sièges).

Cinq des six membres du gouvernement -qui devraient démissionner en cas de défaite- virent nettement en tête: Richard Ferrand, malgré une affaire immobilière qui a terni la campagne de la REM, Christophe Castaner, Bruno Le Maire, Marielle de Sarnez et Mounir Mahjoubi. Seule Annick Girardin fera face à un second tour délicat à Saint-Pierre-et-Miquelon.

L'Assemblée nationale sera profondément renouvelée à l'issue du second tour dimanche prochain: 224 députés sortants ne se représentaient pas.

En fin de soirée électorale, quatre députés seulement (dont deux pro-Macron) avaient été élus au premier tour, contre 36 en 2012.

Ce succès est aussi le fruit de compromis de M. Macron, qui a transigé avec sa promesse de présenter des candidats dans toutes les circonscriptions sans nouer d'accords d'appareil, et qui a concédé quelques "gestes politiques" en direction de ténors de gauche ou de droite (Marisol Touraine, Thierry Solère.) qui n'ont pas eu à affronter de candidat REM.

Dans les prochaines semaines, le Parlement devra examiner la prorogation de l'état d'urgence jusqu'au 1er novembre, ainsi que le projet de loi sur la moralisation de la vie publique et les ordonnances de la réforme du droit du travail par ordonnances, le premier grand chantier économique et social du quinquennat.

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