Les suspects gardent le silence — Affaire Grégory

Le sort des trois personnes interpellées, qui gardent pour l'instant le silence, selon le procureur, sera connu vendredi à l'issue de leur garde à vue. Les enquêteurs devaient "entrer dans le dur" des interrogatoires ce jeudi, après avoir mis en place les auditions la veille, selon des sources proches du dossier qui soulignent que des perquisitions menées aux domiciles des suspects "sont considérées comme intéressantes".

Marcel Jacob, Michel Villemin (le frère de Jean-Marie et défunt époux de Ginette) et Bernard Laroche étaient très liés au sein du "clan Laroche", qui se retrouve une nouvelle fois au centre de l'enquête.

Mercredi, la section de recherches de Dijon avait placé en garde à vue Marcel Jacob, oncle maternel de Jean-Marie Villemin (le père du garçon tué en 1984), sa femme Jacqueline ainsi qu'une belle-s?ur du père, Ginette Villemin, remise en liberté jeudi en fin d'après-midi.

De source proche du dossier, Jacqueline Jacob est restée mutique durant sa garde à vue et Marcel Jacob s'est contenté d'affirmer qu'il ne se rappelait rien.

"Je ne suis pas venu aujourd'hui vous dire que l'affaire était résolue" et "je ne sais pas qui est l'auteur" du crime, avait admis jeudi Jean-Jacques Bosc, ajoutant qu'à ce stade, "les investigations montrent que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime".

Ces développements relancent l'une des affaires les plus énigmatiques de l'histoire criminelle, déclenchée par la découverte du cadavre de Grégory Villemin, quatre ans, au soir du 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne. " Dans les jours précédents le passage à l'acte, des repérages et une surveillance de différents lieux ont été réalisés ".

Autre nouveauté, permise par de nouvelles analyses en écriture, Jacqueline Jacob, la grande-tante de l'enfant, est désignée comme le possible auteur de plusieurs lettres de menaces envoyées en 1982 et 1983 à la famille Villemin: aux grands-parents, mais aussi au père de Grégory.

Les enquêteurs s'étaient aussi penchés à de nombreuses reprises, dans le passé, sur un mystérieux "corbeau" ayant revendiqué le meurtre de l'enfant, en invoquant une "vengeance" dans une lettre postée apparemment avant la découverte du corps, en 1984.

Là, les expertises n'ont pas permis d'en identifier l'auteur mais le courrier présente des similitudes, dans le style, avec la lettre de 1983, selon le procureur général. Le logiciel d'analyse criminelle Anacrim, conçu et utilisé par la gendarmerie, a cependant permis d'avoir "un regard neuf sur la procédure" en reconstituant la chronologie avant et après le crime et en pointant des incohérences.

Une autre lettre de menaces adressée en 1989 au juge Simon, alors en charge de l'enquête, impliquerait par ailleurs Monique Jacob, épouse Villemin, la grand-mère de Grégory, qui a été entendue mercredi par la gendarmerie.

Marcel Jacob avait notamment été soupçonné d'être le corbeau, d'autant que l'incertitude planait sur son emploi du temps au moment du meurtre.

L'affaire n'en est pas à son premier rebondissement: en juillet 1985, le juge Jean-Michel Lambert avait opéré un revirement en portant ses soupçons vers la mère de Grégory, Christine Villemin, finalement innocentée en 1993 au terme d'un non-lieu retentissant. Le dossier, qui comporte 12 000 pièces, a été rouvert en 1999, puis en 2008, pour tenter de trouver d'hypothétiques traces d'ADN sur les scellés. Depuis, 400 prélèvements ont été effectués, une centaine de témoins ont été interrogés et près de 2 000 courriers anonymes ont été analysés en détail.

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