Un ex-dirigeant de Lafarge admet des versements d'argent à Daech

Enquête sur Lafarge en Syrie : trois ex-salariés syriens entendus à Paris

Un ex-responsable de Lafarge admet le versement de 20 000 euros par mois à l'Etat islamique

L'ancien directeur général adjoint opérationnel de Lafarge, Christian Herrault, a reconnu que le groupe s'est soumis à une "économie de racket" menée par des milices armées dès "septembre ou octobre 2012" afin de rester sur le site, dans l'optique d'une construction de la Syrie après la guerre.

Selon les extraits de l'enquête, l'organisation Etat islamique, qui a pris le contrôle de la ville de Raqqa au milieu de l'année 2013, commence à réclamer de l'argent au cimentier à partir de l'automne. Un responsable du groupe terroriste rencontre alors l'intermédiaire mandaté par Lafarge pour négocier.

Bruno Pescheux, PDG de la filiale syrienne de l'entreprise jusqu'en juin 2014, affirme aux enquêteurs avoir vu le nom de Daesh sur des documents internes à l'entreprise.

Trois ex-salariés syriens de la cimenterie de Lafarge en Syrie ont été entendus cette semaine par les juges d'instruction chargés de l'enquête sur le groupe, a en outre appris mercredi l'AFP de source proche de l'enquête.

Les ex-salariés, un informaticien, un ingénieur et un employé chargé des emballages dans l'usine, venus spécialement de Syrie pour répondre à la convocation des magistrats, ont été entendus pendant plusieurs heures lundi, mardi et mercredi, a précisé la source proche de l'enquête.

C'est l'histoire d'une "obsession" du groupe Lafarge que révèle Le Monde, celle de "maintenir coûte que coûte l'activité de son usine de Jalabiya, à 87 kilomètres de Rakka" pour garder un avantage stratégique lors de la reconstruction du pays, "quitte à financer indirectement des organisations terroristes". Elle porte aussi sur la connaissance qu'auraient eu des responsables du groupe en France de tels accords et du danger qu'ils ont pu faire courir aux employés sur place.

Deux mois plus tard, le ministère de l'Économie avait déposé plainte, déclenchant l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris, confiée au Service national de douane judiciaire (SNDJ). La direction française du groupe Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, "a validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables", ajoute le SNDJ dans ce document, également révélé par Le Canard enchaîné et Le Monde.

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