"Le musée des merveilles": Todd Haynes nous touche en plein cœur !

Moore Jaden Michael

Le musée des merveilles : une fable en apesanteur

Le Musée des merveilles, adaptation d'un roman graphique de Brian Selznick (Black Out), pourrait quant à lui être résumé ainsi: à cinquante ans de distance (en 1927 et 1977), deux enfants sourds (Rose et Ben) fuguent pour aller retrouver à New York un parent absent et leur périple consiste à confronter cette expérience à des rêves et des représentations (films, photos, dessins, diorama), c'est-à-dire à accéder à la réalité à travers des images; et inversement, puisque chez Haynes la réalité n'est souvent que l'interface entre les images, le lieu où elles se retournent, se redistribuent, s'échangent. Telle est la question, la très bonne question. On en passe. Depuis le début des années 1990, Todd Haynes mène l'une des carrières les plus singulières et passionnantes du cinéma américain.

Il n'est plus le cinéaste déconstructiviste et postmoderne de Velvet Goldmine, Loin du Paradis et I'm not there, celui qui réfléchissait aux mythes de son panthéon perso (David Bowie, Douglas Sirk, Bob Dylan) à coup de films mutants, quelque part entre l'installation muséale, l'ironie warholienne et la thèse de troisième cycle. Son nouveau film, " Le Musée des merveilles ", présenté en mai dernier en compétition au Festival de Cannes sous le titre " Wonderstruck ", n'a pas convaincu le jury présidé par Pedro Almodovar et l'on se demande encore pourquoi il est reparti bredouille de la Croisette alors que certaines oeuvrettes improbables et complaisantes étaient honorées. Admirablement écrit et filmé - la reconstitution des deux époques est "juste" sublime -, Le musée des merveilles dynamite les académismes, bouleverse en profondeur et, de surcroît, confirme combien Todd Haynes est un génial directeur d'acteurs. Une double prestation fascinante et une raison supplémentaire de découvrir le film, l'un des plus beaux de la fin d'année. Le jeune public pourra se reconnaître dans les aventures de ces enfants rendus attachants par les précoces Oakes Fegley et Millicent Simmonds (réellement malentendante) mais attention aux personnes allergiques aux tire-larmes sucrés et aux mélodies peu inspirées de Carter Burwell.

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