La grogne sociale persiste — Tunisie

"Qu'attendons-nous? sur un mur à Sidi Bouzid en Tunisie le 11 janvier 2018. REUTERS Amine Benaziza

Plusieurs dizaines de manifestants sont aussi descendus dans la rue à Tebourba, à 30 km à l'ouest de Tunis où a été enterré mardi l'homme décédé lors de heurts dans la nuit de lundi. Il a affirmé que les heurts entre jeunes et policiers avaient été "limités" et "sans gravité". Des dizaines de blessés ont été enregistrés, selon les médias locaux qui ont fait également état d'au moins deux cents arrestations.

"Il y a des actes de pillage et de vol, mais aussi un message politique de la part d'un pan de la population qui n'a plus rien à perdre", estime le politologue Selim Kharrat, soulignant que nombre de symboles de l'Etat ont été pris pour cible.

Des jets de pierre du côté des manifestants, la police qui riposte dans les ruelles de Tebourba, en Tunisie. 565 personnes ont été arrêtées et l'armée a dû être déployée autour des bâtiments gouvernementaux dans toutes les grandes villes du pays.

Trois responsables locaux du Front populaire, parti de gauche, ont été arrêtés jeudi à Gafsa sur la base d'un témoignage les accusant d'avoir discuté avec des jeunes qui ont ensuite incendié un commissariat, a indiqué un cadre du parti.

Les protestations nocturnes ont été émaillées de violences.

Après plusieurs années de marasme économique et d'embauches massives dans la fonction publique, la Tunisie est confrontée à d'importantes difficultés financières. L'inflation a dépassé les 6% fin 2017 tandis que dette et déficit commercial atteignent des niveaux inquiétants. Elle a obtenu en 2016 une nouvelle ligne de crédits du Fonds monétaire international (FMI), d'un montant de 2,4 milliards d'euros sur quatre ans, en échange d'un programme visant à réduire les déficits. Le puissant syndicat UGTT, tout en reconnaissant la légitimité des revendications de nombreux jeunes sans emploi, a condamné "la violence et le pillage", appelant à "protester de manière pacifique pour ne pas être utilisés par des parties qui ne veulent pas le bien de notre expérience démocratique naissante".

"C'est l'expression du ras-le-bol généralisé de la jeunesse, des étudiants, des chômeurs face à leur marginalisation en raison de la mauvaise gestion des ressources du pays", explique Henda Chennaoui, l'une des porte-parole de la campagne "Fech Nestannew" ("Qu'est-ce qu'on attend?" en dialecte tunisien), qui a appelé à la protestation depuis le 3 janvier.

Ils réclament une révision de la loi de finances, qui a augmenté la TVA et créé différentes autres taxes, ainsi qu'une meilleure couverture sociale pour les familles en difficulté et une lutte plus efficace contre la corruption. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP.

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