Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent de façon dramatique

En l'espace de 23 ans l'alouette a perdu plus d'un individu sur trois

En l'espace de 23 ans l'alouette a perdu plus d'un individu sur trois

Grâce à des ornithologues amateurs et professionnels qui identifient et comptent les oiseaux sur tout le territoire métropolitain, le STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs, un programme de sciences participatives porté par le Muséum national d'Histoire naturelle au sein du CESCO), produit des indicateurs annuels sur l'abondance des espèces dans différents habitats (forêt, ville, campagne etc.). Des chercheurs observent en effet depuis 1995 les populations d'oiseaux vivant dans les plaines céréalières des Deux-Sèvres. 'Les perdrix se sont presque éteintes dans notre zone d'étude.' Selon ces recherches, en 23 ans, l'alouette a perdu plus d'un individu sur trois (-35%), la perdrix grise huit individus sur dix. Et cela s'est encore accéléré ces deux dernières années.

Ce n'est pas la première fois que des études alertent sur le phénomène en cours. " Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, précisent les deux institutions dans un communiqué commun". Benoît Fontaine est l'un des ses coordinateurs.

"L'étude menée à échelle locale par le CNRS, sur la zone atelier " Plaine et Val de Sèvre", confirme les résultats nationaux, et démontre qu'au-delà des espèces propres aux milieux ruraux, les espèces généralistes sont également touchées". "Une période qui correspond entre autres à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune, à la flambée des cours du blé, à la reprise du sur-amendement au nitrate permettant d'avoir du blé sur-protéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes, insecticides neurotoxiques très persistants lien avec l'effondrement des insectes" souligne le Muséum d'Histoire naturelle.

L'intensification de l'agriculture comme l'utilisation des pesticides concourent tous les deux à une disparition des plantes mais aussi des insectes qui impacte durement les espèces d'oiseaux pour qui ils constituent la principale source de nourriture. Une tendance qui frapperait l'Europe de façon plus globale.

Les deux enquêtes, car il s'agit bien de constatations effectuées sur le terrain et non de projections ou d'hypothèses, font le même constat d'une "situation catastrophique", d'une "disparition massive", "proche de la catastrophe écologique".

'Les populations d'oiseaux s'effondrent littéralement dans les plaines céréalières', constate Vincent Bretagnolle, écologue au Centre d'études biologiques de Chizé (Ouest). Il semble encore possible de renverser la tendance, notamment par un changement des modes de culture, à condition de réagir vite.

Il y a urgence à modifier les pratiques agricoles. La disparition des invertébrés provoque donc naturellement un problème alimentaire profond pour de nombreuses espèces d'oiseaux et ce problème demeure invisible: "on va accumuler de petites pertes, nid par nid, qui font que les populations ne sont pas remplacées", comme l'a expliqué Christian Pacteau, référent pour la biodiversité à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

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