Un homme subit pour la première fois deux greffes du visage

Greffe: l'homme aux trois visages

PHILIPPE LOPEZ AFP

Toujours hospitalisé trois mois après son opération à Paris, Jérôme Hamon s'est dévoilé avec un visage encore lisse et immobile, qui n'a pas épousé les traits de son crâne. Cette première mondiale a été réalisée à l'hôpital européen Georges Pompidou (Paris) par l'équipe du Pr. Laurent Lantiéri, chirurgien plasticien, et du Pr. Bernard Cholley, anesthésiste-réanimateur.

C'est un combat de 6 mois qui s'achève, mais un autre qui commence pour Jérôme Hamon, le premier homme aux trois visages. "J'ai hâte d'être libéré de tout ça", ajoute-t-il, fatigué par le lourd traitement qu'il doit subir, et s'exprimant avec difficulté.

Mais ce n'est pas la première greffe que reçoit ce patient atteint de neurofibromatose, une maladie génétique qui peut parfois entraîner une déformation sévère du visage comme dans son cas. À l'été 2017 son visage greffé doit lui être retiré. Le patient sans visage, hospitalisé en réanimation, a reçu pendant deux mois des soins quotidiens, rendus particulièrement complexes par l'état infectieux et immunologique lié au rejet, jusqu'à ce qu'un donneur compatible soit identifié. Des moments difficiles à vivre, avec un faciès d'écorché vif. Et il paraît que d'ici l'été, il pourra à nouveau rire et sourire, et son visage marquer les expressions, il arrive même à plaisanter: "Ce qui est amusant, c'est qu'on me dit que j'ai rajeuni", dit-il dans le Parisien, en évoquant l'âge du donneur, 22 ans. Le Pr Lantieri l'apprend un dimanche soir, le 14 janvier, ce qui déclenche une grosse logistique.

Jérôme Hamon est entré au bloc opératoire le lundi 15 janvier. "Vers midi, l'équipe a effectué la préparation au niveau receveur: préparer les vaisseaux, préparer les nerfs, pour qu'on puisse ensuite faire cette transplantation", raconte le Pr Lantieri. Très vite, l'équipe constate que le greffon montre des signes de vie encourageants en se colorant. Le patient ressortira du bloc le mardi en fin de matinée, au terme d'une opération hors normes. Elle fera l'objet d'une fuite dans la presse quelques jours plus tard. Faisant encore une fois preuve d'une force de caractère peu commune, il a expliqué: "si je n'avais pas accepté ce nouveau visage, ça aurait été un drame". Il raconte: "La première greffe, j'ai accepté immédiatement le greffon. J'ai considéré que c'était un nouveau visage et maintenant c'est pareil", dit aujourd'hui Jérôme Hamon.

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