Une décision de justice autorise le rachat Time Warner — AT&T

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Autorisée par un juge, la fusion d'AT&T et Time Warner va créer un colosse

Comme en témoigne le rachat, bien plus récent, pour 17 milliards de dollars, par le câblo-opérateur Comcast de NBC Universal en 2013, qui ne fait plus guère couler d'encre.

Le juge Richard Leon a donné mardi son autorisation inconditionnelle à cette fusion à 85 milliards de dollars, qui va donner naissance à une mastodonte alliant canaux de distribution (AT&T) et contenus, avec Time Warner, propriétaire notamment des studios de cinéma Warner, de la chaîne d'infos CNN ou encore de HBO, créatrice de succès comme la série "Game of Thrones".

Le juge peut bloquer la fusion ou alors l'autoriser, avec ou sans conditions (des cessions par exemple).

Il a aussi tenté de dissuader le gouvernement de faire appel, soulignant qu'un nouveau retard serait gravement dommageable aux deux entreprises, qui souhaitent fusionner pour mieux combattre les géants technologiques de la Silicon Valley.

Quelques minutes après, l'avocat de AT&T, Daniel Petrocelli, a estimé que le ministère américain de la Justice n'avait pu apporter "la moindre preuve crédible" d'une potentielle menace pour les consommateurs.

Leur interprétation ces dernières décennies n'était pas la bonne, selon lui: "beaucoup de marchés connaissent désormais une très forte concentration et d'énormes profits vont dans les poches d'une poignée d'entreprises", regrette-t-il, jugeant le dossier du gouvernement plus solide qu'il n'y paraît.

En tout état de cause, le jugement de mardi a reçu des réactions contrastées, l'association de défense des consommateurs dans le numérique Public Knowledge se disant "déçue", estimant que cette fusion entrainerait des "factures plus élevées" et moins de choix dans les programmes et les fournisseurs d'accès. De fait, cette décision ouvre la voie à la transaction, qui devrait être bouclée d'ici le 20 juin. Au terme d'un procès d'un mois et demi intenté par le ministère de la Justice, un tribunal du district de Colombia va rendre son verdict.

Cette décision était d'autant plus observée qu'un blocage aurait représenté un important changement de cap dans la politique antitrust américaine car le dossier portait sur une fusion dite verticale, lorsque les deux entreprises ne sont pas des concurrentes directes, des mariages qui recevaient historiquement le feu vert des autorités.

Cette décision était aussi scrutée notamment par d'autres groupes engagés dans de grosses fusions, comme Fox et Disney, qui ont annoncé un rapprochement en décembre et se préparent à un long examen par les autorités de la concurrence.

A l'inverse, le think tank Tech Freedom s'est quant à lui réjoui de voir rejetées les ambitions du ministère de la Justice car sur ce dossier planent des soupçons d'ingérences politiques, le président Donald Trump ayant ouvertement critiqué le projet pendant la campagne de 2016. Pour beaucoup, il est déterminé à mettre des bâtons dans les roues à Time Warner parce que celui-ci détient CNN, une des cibles favorites du président américain.

Ce procès antitrust était le plus gros de ce type depuis celui contre Microsoft qui avait failli aboutir à son démantèlement dans les années 90.

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