Élections à risques pour Erdogan — Turquie

Des dizaines de milliers de Turcs supporteurs du candidat à la présidentielle Muharrem Ince rassemblés le 21 juin 2018 à IzmirPlus

Des dizaines de milliers de Turcs supporteurs du candidat à la présidentielle Muharrem Ince rassemblés le 21 juin 2018 à IzmirPlus

Si aucun candidat ne parvient à récolter plus de 50% des voix pour la présidentielle, un second tour se tiendra le 8 juillet.

Les sondages prédisent ainsi que le président sortant ne devrait pas l'emporter dès ce premier tour de la présidentielle et que sa formation islamo-conservatrice, l'AKP (Parti de la justice et du développement), pourrait perdre la majorité absolue au parlement.

Bien que les résultats définitifs de ses élections n'aient pas encore été proclamés, les partisans de Recep Tayyip Erdogan célèbrent déjà sa victoire près du palais présidentiel. Depuis l'avènement en 2002 de son parti, l'AKP, le président Erdogan s'est imposé comme le dirigeant turc le plus puissant après le fondateur de la République Mustafa Kemal, transformant le pays à coups de mégaprojets d'infrastructures et de réformes sociétales libérant l'expression religieuse.

Quelque 56 millions d'électeurs sont appelés à voter jusqu'à 14 heures GMT pour ce double scrutin présidentiel et législatif particulièrement important qui marquera le passage du système parlementaire en vigueur à un régime hyperprésidentiel voulu par Recep Tayyip Erdogan, mais décrié par ses opposants.

Voyant dans ces élections leur dernière chance d'arrêter M. Erdogan dans sa quête d'un pouvoir incontestable, des partis aussi différents que le CHP (social-démocrate), Iyi (nationaliste) et le Saadet (islamiste) ont noué une alliance inédite pour les législatives, avec l'appui du HDP (prokurde).

Après les déclarations de M. Erdogan, des concerts d'avertisseurs résonnaient dans les rues d'Istanbul, selon des reporters de l'AFP.

M. Ince, un député combatif qui a porté les couleurs du CHP à la présidentielle, s'est imposé comme le principal rival de M. Erdogan pour la présidentielle, électrisant des foules aux quatre coins du pays et réveillant une opposition assommée par ses défaites successives. L'économie, qui a longtemps été l'atout de l'AKP, s'est imposée comme un sujet de préoccupation majeure avec l'effondrement de la livre turque et une inflation à deux chiffres qui ont atteint les Turcs au portefeuille.

Le président turc avait convoqué en avril ces élections présidentielle et législatives anticipées initialement prévues en novembre 2019.

M. Erdogan affirme qu'une telle mesure est nécessaire pour assurer la stabilité au sommet de l'Etat, mais ses opposants l'accusent de vouloir monopoliser le pouvoir avec cette transformation. La campagne a en effet été marquée par une couverture médiatique très inéquitable en faveur du président turc. Craignant des fraudes qui pourraient faire pencher la balance, en particulier dans le Sud-Est à majorité kurde, l'opposition a mobilisé de nombreux observateurs pour surveiller les urnes.

Après avoir voté dans son fief de Yalova (nord-ouest), M. Ince a indiqué qu'il se rendrait à Ankara pour attendre les résultats devant le siège de la haute autorité électorale. "Je protégerai vos bulletins de vote avec ma vie", a-t-il tweeté.

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