L’Arabie Saoudite veut se venger du Canada — Crise diplomatique

Le roi saoudien Salmane ben Abdel Aziz Al Saoud lors d'une rencontre le 17 mai 2018

Le roi saoudien Salmane ben Abdel Aziz Al Saoud lors d'une rencontre le 17 mai 2018

Depuis que le conflit diplomatique a éclaté dimanche, le gouvernement Trudeau a insisté sur la pertinence de sa décision de communiquer ses préoccupations en matière de droits de la personne à Riyad. Riyad, a donc, en représailles, rappelé son ambassadeur en poste au Canada, et ordonné l'expulsion de Dennis Horak, qui est l'ambassadeur du Canada en Arabie Saoudite.

Les tensions entre les deux pays ont éclaté après des déclarations sur Twitter de l'ambassade canadienne, qui s'est dite vendredi "gravement préoccupée" par une nouvelle vague d'arrestations de militants des droits de l'Homme et d'activistes féministes dans le royaume. Le royaume a en outre décidé de "geler toutes nouvelles transactions concernant le commerce et les investissements" avec le Canada, en réponse à un appel en faveur de la libération de militantes saoudiennes des droits des femmeset gelé ses vols commerciaux en provenance et à destination de Toronto.

Le royaume a aussi suspendu les bourses universitaires pour ses ressortissants au Canada et va relocaliser des milliers d'étudiants.

En dépit de ces mesures et du risque de perdre un marché de 15 milliards de dollars pour la vente à Ryad de véhicules blindés, le Canada a réaffirmé lundi sa détermination à "défendre les droits humains" dans le monde. Le Canada vend surtout des armes - Riyad en est le premier acheteur mondial - et l'Arabie saoudite exporte des produits pétroliers raffinés et des produits pétrochimiques en quantité limitée.

L'épouse de Raef al-Badaoui, Ensaf Haidar, est installée au Québec depuis l'automne 2013 avec ses trois enfants.

La semaine dernière, le régime saoudien avait arrêté deux défenseures de l'égalité homme-femme et des droits des minorités, Samar Badawi et Naima al Sada.

Le ministère des médias a ouvert une enquête et la porte-parole de l'ambassade d'Arabie saoudite à Washington, Fatimah Baeshen, s'est dit "horrifiée" par cette image "totalement inacceptable", qui s'est rapidement répandue sur les réseaux sociaux.

L'Arabie Saoudite, dénonce l'ingérence des autorités canadiennes dans les affaires internes, du pays, ce qui a pour cause, de suspendre toutes les relations en cours entre les deux États dans divers domaines comme le secteur de l'éducation et de la défense.

Les arrestations de Samar Badaoui et de sa collègue sont intervenues quelques semaines après celles d'une dizaine de militantes des droits des femmes, accusées de porter atteinte à la sécurité nationale et de collaborer avec les ennemis de l'Etat. En 2015, le royaume saoudien avait rappelé son ambassadeur à Stockholm pour des raisons similaires, mais l'expulsion brute du diplomate canadien est le signe qu'un palier supplémentaire a été franchi.

"La communauté diplomatique tout entière a été surprise par cette annonce", a déclaré à Reuters une source à Riyad. L'ONG a appelé d'autres gouvernements à se joindre au Canada pour obtenir "la libération inconditionnelle et immédiate de tous les prisonniers de conscience" en Arabie saoudite.

Dans les heures qui ont suivi l'annonce, Riyad a été soutenu dans sa démarche par son allié et voisin du Bahreïn.

Commercialement, la rupture n'est, à ce stade, pas très douloureuse pour le Canada et encore moins pour l'Arabie saoudite.

"L'Arabie saoudite a historiquement eu une diplomatie réservée", explique à l'AFP Khalil Harb, expert en affaires du Golfe. Dernièrement, les critiques publiques du roi Salmane contre le plan de paix israélo-arabe concocté par Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, ont aussi été vues par certains analystes comme une rebuffade vis-à-vis de son fils et héritier, qui soutenait le projet.

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