La Turquie promet des représailles après la hausse de taxes américaines

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La BCE sinquiète de lexposition des banques européennes à la Turquie | Crédits

La livre turque, à l'agonie depuis plusieurs jours, enregistrait vendredi une chute abyssale de sa valeur accélérée par l'annonce américaine d'une forte augmentation des taxes à l'importation sur l'acier et l'aluminium turcs qui s'élèveront désormais respectivement à 50 % et 20 %.

La Turquie est en effet embourbée dans une grave crise diplomatique avec les États-Unis, au sujet d'Andrew Brunson, un pasteur américain accusé par les autorités turques de terrorisme et d'espionnage, détenu par Ankara. Elle s'échangeait à 10H30 GMT à environ 6,1 pour un billet vert, enregistrant une baisse de près de 10 % sur la journée.

Touchée de plein fouet par cette crise diplomatique et par les inquiétudes face à d'éventuelles répercussions sur des banques européennes, la livre turque a chuté vendredi à un plus bas historique.

L'économie turque était déjà fortement fragilisée.

La bérézina de la livre turque a eu un impact au-delà des frontières et fait chuter les titres de plusieurs banques européennes et conduit Wall Street à ouvrir en baisse, illustrant la crainte d'une contagion à l'économie mondiale.

Comme un symbole, la présidence turque a annoncé peu après l'annonce de Donald Trump que M. Erdogan avait eu un entretien téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine, ajoutant que les deux dirigeants avaient notamment parlé Syrie et échanges commerciaux.

La chute du livre turque a bien pesé sur le secteur bancaire.

Face à cette situation, le président turc a pointé vendredi un doigt accusateur en direction d'un mystérieux "lobby des taux d'intérêt" dont il n'a pas défini les contours. ", avait-il lancé dans un précédent discours, dans la nuit de jeudi à vendredi, des déclarations qui ont renforcé l'inquiétude des marchés".

La chute de la livre survient à quelques heures d'un discours attendu du ministre des Finances Berat Albayrak, également gendre du président Recep Tayyip Erdogan, qui doit présenter le "nouveau modèle économique du pays".

Les marchés s'inquiètent des orientations de la politique économique de M. Erdogan, la banque centrale turque rechignant à relever ses taux pour soutenir la livre et réguler une inflation qui a pourtant atteint près de 16% en juillet en rythme annuel.

Depuis sa nomination à ce poste après la réélection de M. Erdogan en juin, M. Albayrak s'est efforcé sans succès d'apaiser les marchés qui voient d'un mauvais oeil la mainmise croissante sur les affaires économiques du président.

Or de nombreux économistes appellent de leurs voeux une hausse des taux d'intérêt de la banque centrale afin d'enrayer l'inflation, un levier traditionnellement utilisé dans le monde pour maîtriser la hausse des prix et soutenir la monnaie nationale.

L'agonie de la livre turque cette semaine n'a quasiment pas été évoquée par les principales chaînes de télévision et les journaux à grand tirage, pour la plupart contrôlés par le pouvoir.

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