Erdogan voit dans la chute de la livre un

Marché: La livre turque à un nouveau plus bas face au dollar

Erdogan voit dans la chute de la livre un

La livre turque a connu vendredi une chute brutale alimentée par l'intensification de la crise entre Ankara et Washington, mais le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé qu'il sortirait vainqueur de cette "guerre économique".

Certains observateurs déplorent par ailleurs l'absence d'intervention des autorités monétaires turques face à la dépréciation de la livre, qui a perdu près de 35% de sa valeur depuis le début de l'année après une chute de près de 25% en 2017.

À l'heure de clôture vendredi à Wall Street, la devise turque perdait jusqu'à 24% de sa valeur par rapport au dollar, un effondrement exacerbé par une nouvelle annonce protectionniste du président américain Donald Trump qui a doublé les droits de douane sur l'acier et l'aluminium en provenance de ce pays.

Cette chute spectaculaire survient alors que la Turquie est embourbée dans une grave crise diplomatique avec les Etats-Unis au sujet d'un pasteur américain détenu par Ankara.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le chef de l'Etat avait provoqué un haussement de sourcil en déclarant que l'agonie de la livre turque était due à des "campagnes" hostiles.

Elle a notamment révisé les taux de réserves obligatoires pour les banques, afin d'éviter tout problème de liquidités, et fait savoir qu'environ 10 milliards de livres, six milliards de dollars et l'équivalent de trois milliards en or de liquidités seraient fournis au système financier. La Turquie accuse, en effet, cet ancien allié du président Recep Tayyip Erdogan d'avoir fomenté le putsch manqué du 15 juillet 2016 et traque, depuis, sans relâche ses partisans. La livre s'est ensuite redressée, le billet vert se situant autour de 7 livres vers 02H00 GMT.

La chute de la livre "montre que les investisseurs sont de plus en plus inquiets de l'imminence d'une crise monétaire totale", a souligné dans une note David Cheetham, analyste chez le courtier XTB.

"Les Etats-Unis ont constamment échoué à comprendre et à respecter les préoccupations du peuple turc, estime-t-il. "Et ces dernières années, notre partenariat [au sein de l'OTAN] a été mis à l'épreuve par des désaccords." ". Il a dans la foulée prévenu la Maison-Blanche qu'il allait se tourner vers de "nouveaux amis" et de "nouveaux alliés" si elle continuait de lui "manquer de respect" après queDonald Trump a décidé de doubler les tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium turc.

"Nous ne perdrons pas cette guerre économique", avait auparavant lancé le président turc qui a pointé un doigt accusateur en direction d'un mystérieux "lobby des taux d'intérêt".

Pour les experts, la crise est en réalité plus profonde que les tensions diplomatiques actuelles avec les Etats-Unis ne le laissent penser.

La nomination le mois dernier du gendre d'Erdogan, Berat Albayrak, au poste de ministre des Finances a également déplu aux marchés.

Depuis sa nomination à ce poste après la réélection de M. Erdogan en juin, M. Albayrak s'est efforcé sans succès d'apaiser les marchés qui voient d'un mauvais oeil la mainmise croissante sur les affaires économiques du président. Quant à la banque centrale, censée être indépendante, mais en réalité soumise aux pressions du pouvoir, elle rechigne à relever ses taux, délaissant ainsi un outil traditionnellement utilisé à travers le monde pour soutenir la monnaie et réguler l'inflation.

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