Dialogue de sourds sur le budget de l'Italie

Juncker craint une réaction

L'UE demande des explications à Rome sur son dérapage budgétaire "sans précédent"

Le projet de budget 2019 de l'Italie enfreint de manière particulièrement grave les règles européennes en matière budgétaire, écrit la Commission européenne dans une lettre remise jeudi au ministre italien de l'Economie Giovanni Tria, dans une démarche qui pourrait préluder à un rejet sans précédent de la loi de finances préparée par l'exécutif italien.

Comme les autres pays de la zone euro, l'Italie a envoyé lundi son projet de budget 2019 à l'exécutif européen, chargé maintenant de l'évaluer.

Bruxelles pointe un risque de "non-conformité grave" avec les règles européennes, qui pourraient l'amener à rejeter ce budget, ce qui ne s'est encore jamais produit dans l'histoire de l'UE. Le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, devait remettre jeudi en main propre au ministre italien des Finances, Giovanni Tria, cette lettre de clarifications, avant une conférence de presse commune à Rome.

"[La Commission n'est pas] l'adversaire de l'Italie". L'arbitre n'est pas populaire mais fait respecter les règles du jeu.

Le commissaire, qui a appelé à "une discussion très ouverte" avec Rome, a expliqué ne pas avoir "de plan B, mais seulement un plan A: le plan, c'est d'être ensemble, d'avancer ensemble". "Je n'imagine pas l'euro sans l'Italie et l'Italie sans l'euro", a-t-il martelé.

Selon plusieurs sources, l'Espagne, la France, le Portugal et la Belgique devraient également en recevoir une, mais il s'agirait dans leur cas d'une simple demande d'informations. "Le dialogue ne nous effraie pas à condition qu'il soit constructif et utile, et sans préjugés", a-t-il insisté.

La Commission européenne s'exposerait à des "contre-réactions virulentes" de la zone euro si elle acceptait le projet de budget expansionniste qui lui a été soumis par la coalition populiste au pouvoir en Italie, a estimé mardi son président Jean-Claude Juncker.

Avec son budget, Rome entend donner un coup de fouet à la croissance via une demande plus forte et davantage d'investissements.

Le projet de loi de finances italien pour 2019, que Rome a adressé lundi soir à la Commission, prévoit une nette hausse des dépenses publiques pour permettre de financer notamment la création d'un "revenu de citoyenneté", l'abaissement de l'âge légal de la retraite, la mise en oeuvre d'une amnistie fiscale partielle et des allègements de taxes et d'impôts pour les travailleurs indépendants.

Ce budget inquiète d'autant plus la zone euro que la dette italienne, à 131 % de son PIB, affiche après la Grèce le ratio d'endettement le plus élevé parmi les 19 pays ayant adopté la monnaie unique.

Sur les marchés, le spread, l'écart très surveillé entre les taux à dix ans allemand et italien, a atteint son plus haut niveau depuis cinq ans.

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