Huit ans de prison requis contre la mère — Procès Serena

Séréna: ce que les experts disent de la mère du

Procès Séréna. La mère du bébé caché dans le coffre face à ses contradictions

"Le cœur de ce procès, ce n'est pas le déni de grossesse, mais la dissimulation de l'enfant", a estimé Olivier Kern, avocat général de la cour d'assises de la Corrèze qui depuis lundi 12 novembre, examine le douloureux dossier qui met en cause Rosa Maria Da Cruz, accusée d'avoir dissimulé et confiné totalement pendant deux ans, une petite fille, aujourd'hui lourdement handicapée.

L'accusée, qui n'a pas fait de détention provisoire, encourait vingt ans de prison pour cette affaire jugée aux assises en raison du caractère "permanent" des séquelles de sa fille.

Rosa Da Cruz a été reconnue coupable de " violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente " sur un mineur de moins de 15 ans par la cour d'assises. "Il y a une seule victime, pas deux, et c'est Séréna", avait de son côté plaidé Me Isabelle Faure-Roche, avocate de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) de la Corrèze, administrateur ad hoc de Séréna, qui vit en famille d'accueil depuis cinq ans et aura 7 ans dans une semaine. La cour retire également à l'accusée toute autorité parentale sur Séréna, ce qui rend possible une future adoption par sa famille d'accueil (si le père donne son accord). Le président de la cour a indiqué que la peine était "aménageable" et qu'elle pourrait solliciter le juge d'application des peines en vue d'un aménagement de peine et, de ce fait, d'une éventuelle libération conditionnelle.

L'avocate réfute les arguments avancés plus tôt dans la journée par de nombreux experts sur le déni de grossesse et d'enfant, ligne de défense de l'accusée.

Rosa Maria Da Cruz, 50 ans, qui comparaissait libre lors de ce procès hors norme, sera incarcérée vendredi soir à la maison d'arrêt de Limoges, dans le centre de la France, selon le parquet. Ce "déficit fonctionnel à 80%", un "syndrome autistique vraisemblablement irréversible", est lié "sans ambiguïté" aux conditions de ses 23 premiers mois de vie, selon les expertises. Mais plusieurs experts, parfois s'opposant, en ont décrit les mécanismes, évoquant une "genèse" possible dans ses maternités traumatiques précédentes. "Elle fait le choix de la dissimulation de cet enfant", a-t-il insisté, même si "elle ne veut pas nous dire pourquoi", en énumérant les manques subis par Séréna: isolement, privations sensorielles, obstacles à l'exploration, absence de tout contact extérieur, confinement au silence, et le "manque de tout".

Il a demandé à la Cour de tenir compte d'un "déni de grossesse partiel" dans le cas de Séréna, et d'un déni antérieur en 2004, après lequel Mme Da Cruz "n'a pas bénéficié d'une prise en charge (.) qui aurait pu la conforter en tant que mère, en tant que femme".

"Deux ans, ce n'est pas quelques semaines", a poursuivi M. Kern.

Durant les réquisitions la mère de Serena est restée figée, prostrée auprès de son avocat, s'essuyant parfois les yeux avec un mouchoir.

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