Paris en état de siège — Gilets Jaunes

Le gouvernement français suspend la hausse des taxes sur les carburants

Mobilisation de près de 90.000 policiers et gendarmes, recours à des véhicules blindés pour démanteler les barricades, plus grande réactivité annoncée des forces de l'ordre: après deux samedis où la violence est allée crescendo, Paris et la France sont en alerte rouge.

Il a été reçu avec une délégation de "gilets jaunes" pendant une heure et demie vendredi soir à Matignon par le Premier ministre, "conscient de la gravité de la situation", selon lui. Et une trentaine de personnes ont été placées en garde à vue, interpellée à Paris dans les gares et sur la voie publique, a appris l'AFP samedi de source proche du dossier.

Partout dans l'Hexagone, des mesures de sécurité exceptionnelles ont été décrétées, notamment à Paris où les scènes de guérilla urbaine du week-end dernier ont stupéfié le pays et l'étranger. "Lunettes de piscine, écharpes, protèges-tibia.", raconte Dorian, animateur à Poissy (Yvelines).

Place de l'Etoile, dont les abords sont quadrillés par des patrouilles de CRS, quelques dizaines de gilets jaunes sont déjà réunis sur le haut de l'avenue, dans le calme.

Michel, 51 ans, venu de l'Yonne, vient pour la première fois manifester à Paris. En l'état, l' acte IV de la mobilisation continue de se préparer sur les réseaux sociaux.

Signe des tensions, les grands magasins parisiens seront fermés, du jamais vu pour un samedi précédant les fêtes, une période où clients français et touristes affluent habituellement pour faire leurs courses de Noël.

Les fermetures et annulations sont nombreuses à Paris comme en province: tour Eiffel, musée du Louvre, musée d'Orsay, musée Georges Pompidou, grands magasins fermés, rideau baissé sur la scène de l'Opéra ou à la Comédie française, nombreux matchs de football reportés. Dans la capitale, le dispositif de sécurité mis en place est inédit depuis 1968: 8.000 membres des forces de l'ordre sont déployés, avec l'appui de véhicules blindés de la gendarmerie.

07h09: En région, une interdiction de manifester a été décrétée dans plusieurs points sensibles du Pas-de-Calais, tandis qu'à Montauban, 28 cocktails Molotov et trois bombes artisanales ont été saisis sur un rond-point occupé par des "gilets jaunes".

Un des représentants des "gilets jaunes libres", Benjamin Cauchy, a appelé à ne pas aller manifester à Paris, estimant que ce rendez-vous était "un traquenard".

Dans un style plus radical, Éric Drouet, devenu l'une des voix des gilets jaunes, est visé dans une enquête pour "provocation à la commission d'un crime ou délit", rapporte BFMTV. "Ma mission c'est d'atteindre les objectifs qui ont été fixés par le président de la République", a déclaré le chef du gouvernement sur TF1. "J'espère qu'il va parler au peuple de France comme un père, avec amour et respect et qu'il prendra des décisions fortes", a déclaré à la sortie Christophe Chalençon, un autre porte-parole du mouvement.

Silencieux ces derniers jours, Emmanuel Macron ne doit s'exprimer sur la crise qu'au début de la semaine prochaine.

L'exécutif craint une alliance entre ultradroite, ultragauche, "gilets jaunes" les plus remontés et jeunes de banlieue, dont certains se sont livrés à des pillages samedi dernier dans la capitale.

Les concessions du gouvernement, notamment l'annulation de l'augmentation de la taxe sur les carburants, semblent n'avoir eu aucun effet, si ce n'est d'avoir fragilisé le Premier ministre Édouard Philippe qui défendait une simple suspension avant d'être brutalement désavoué par l'Élysée.

Face à ce mouvement, l'Etat peine donc à avoir une réponse politique et sociétale, donnant une impression de vacillement inquiétant.

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