Aucune condamnation requise — Procès Barbarin

Philippe Barbarin un cardinal à la morale rigide

Le cardinal Philippe Barbarin le 15 mars 2016 lors d'une conférence des archevêques

Les victimes du père Bernard Preynat - ces anciens scouts réunis au sein de l'association La Parole libérée qui ont fait citer à comparaître le primat des Gaules et cinq autres membres de l'Église lyonnaise pour "non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs" - espèrent avant tout que le procès Barbarin "mettra fin à un système qui a couvert ces affaires pendant des années". Cette absence de réquisitions est dans la logique du classement sans suite de l'affaire, décidé par le parquet à l'été 2016 après une enquête préliminaire sur les mêmes faits.

Après avoir rencontré Alexandre Hezez en 2014, "j'agis à la seconde", lui rétorque l'archevêque de Lyon, qui s'empresse à l'époque de "consulter Rome" sur ces faits "graves mais anciens".

Les parties civiles sont convaincues du contraire: le prêtre a déclaré à la police avoir répondu aux questions du cardinal pendant "une petite heure". Me Jean Boudot, un des avocats des parties civiles parvient, avec beaucoup de justesse, à préciser au tribunal l'"intérêt à agir" de M. Devaux: si quelqu'un avait porté plainte contre Preynat avant ses victimes, il aurait sans doute eu "un parcours de vie" plus facile. Mais ce qui met surtout M. Hezez "en colère", c'est d'apprendre que le cardinal était déjà au courant des agissements passés du père Preynat, alors qu'il pensait les lui avoir appris.

Celui qui a grandi dans une famille très religieuse, où "le père Preynat avait son couvert", croit toujours en Dieu mais "plus en ces hommes d'Eglise".

Elles en veulent pour preuve, notamment, des courriels échangés en 2015 entre l'archevêque et le supérieur hiérarchique direct du prêtre, le vicaire Xavier Grillon, autre mis en cause: ils trahissent leur inquiétude à l'idée que M. Hezez puisse agir en justice. Allusion à une consigne donnée par le Vatican, fin 2014, d'écarter le père Preynat dans la discrétion. La pétition lancée en août par le père Pierre Vignon, prêtre dans le Vercors - écarté depuis de ses fonctions de juge canonique - a recueilli plus de 105 000 signatures. Le jugement devrait être mis en délibéré.

"Qu'est-ce que les paroissiens vont penser?" "La plaie ouverte, c'est Preynat et la gangrène, c'est vous", a même osé Me Elsa Loizzo.

Une modification du code pénal introduite dernièrement par la loi Schiappa, touchant à la " continuité " du délit reproché aux prévenus, et la condamnation récente de l'ancien évêque d'Orléans, dans un dossier similaire, les confortent avant l'audience mais, pour la défense, rien n'a changé depuis la décision de 2016. "Leur préjudice personnel, c'est le fait d'avoir été maintenus dans cette situation par votre silence", a-t-elle ajouté. Le découvrir fut un "choc" pour les plaignants. Le procès, prévu initialement jusqu'à mercredi, débordera sur la journée de jeudi. Absent du procès jusqu'à mercredi après-midi, il s'est résolu à révéler son visage après avoir dit la vérité à sa compagne.

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