Le Parlement européen réclame la libération de l'avocate emprisonnée — Iran

Iran: 10 ans de prison supplémentaires et 148 coups de fouets pour l’avocate des droits des femmes

ARCHIVE. Nasrin Sotoudeh en novembre 2018 à TéhéranPlus

Cette décision digne du théâtre de l'absurde est encore plus ahurissante...qu'elle intervient au lendemain d'un verdict particulièrement lourd prononcé par un tribunal iranien à l'encontre de l'avocate des droits de femmes Nasrin Sotoudeh: 148 coups de fouets, et un prolongement de peine de prison qui a été désormais fixé à trente-huit 38 ans de réclusion dont onze années fermes!

Le Parlement européen "considère le procès et la condamnation manifestement inéquitables de Nasrin Sotoudeh comme un déni de justice grave". Lundi, elle avait décidé de ne pas se présenter devant les juges, estimant que les conditions d' "un procès équitable " n'étaient pas réunies. Son mari Reza Khandan, qui a confirmé la sentence mardi, a précisé qu'elle avait été condamnée pour "incitation à la débauche ".

"J'ignore à combien d'années elle a été condamnée pour chacune des charges, car ma conversation avec Nasrin n'a duré que quelques minutes et que nous ne sommes pas entrés dans les détails", a expliqué Reza Khandan au Center for Human Rights in Iran (CHRI), révélant par là même que c'était sa femme qui l'avait informé de sa condamnation depuis la prison d'Evin où elle est incarcérée.

"L'affaire en cours inclut, selon M. Khandan, des poursuites pour " conspiration " et " propagande contre le système " politique de la République islamique, appartenance à une organisation de défense des droits de la personne interdite, participation à une campagne pour l'abolition progressive de la peine de mort en Iran ou encore " atteinte à l'ordre public ".

Interrogé, M. Khandan a déclaré ne pas savoir à quoi le juge faisait référence, son épouse n'étant pas, à sa connaissance, poursuivie pour insulte à l'ayatollah Ali Khamenei.

Le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Javaid Rehman, a fait état mardi d'une "inquiétude grandissante" sur le fait que "l'espace civil pour les avocats et défenseurs des droits humains est en train d'être réduit".

J'appelle le gouvernement à relâcher immédiatement tous les avocats emprisonnés pour avoir exercé leur métier de façon pacifique. L'ONG Amnesty International a quant à elle qualifié la nouvelle condamnation de Mme Sotoudeh "d'injustice scandaleuse".

En France, le porte-parole du Quai d'Orsay a rappelé dans un communiqué que Nasrin Sotoudeh avait été associée récemment par le président Emmanuel Macron "au Conseil consultatif pour l'égalité femmes-hommes du G7". Elle avait alors été informée qu'elle était arrêtée afin de purger une peine de cinq ans de prison pour "espionnage", alors qu'elle ignorait tout de cette condamnation.

Déjà condamnée en 2010 à une peine de six ans de prison pour propagande et atteinte à la sûreté de l'État, l'avocate avait été libérée en 2013 après une grève de la faim de 50 jours, qui avait suscité l'indignation dans le monde entier. Elles protestaient contre l'obligation faite aux femmes de porter le voile dans l'espace public, en vigueur depuis la révolution islamique de 1979.

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