Le départ d'Omar El Béchir exigé par des manifestants — Soudan

Une manifestante soudanaise brandit le drapeau de son pays lors d'un rassemblement près du QG de l'armée dans la capitale Khartoum le 7 avril 2019

Soudan: la contestation met le président Béchir en difficulté

La sécurité soudanaise a tiré mardi des gaz lacrymogènes sur les milliers de manifestants antigouvernementaux toujours rassemblés près du QG de l'armée, qui a toutefois tiré en l'air pour repousser ces forces de l'ordre, ont rapporté des témoins.

Les manifestants demandent à l'armée de les soutenir dans leur opposition au président Béchir, qui dirige le pays d'une main de fer depuis 30 ans.

Une foule déterminée de Soudanais a continué mercredi, pour la 5e journée consécutive, de défier le régime de Béchir devant le QG de l'armée, dont les intentions, tout comme celles de la police, restent incertaines dans le rapport de force entre pouvoir et manifestants.

Mardi, deux de leurs tentatives de déloger les contestataires réunis devant le QG de l'armée ont échoué lorsque des soldats ont tiré en l'air.

Selon un bilan officiel mercredi, plus de 40 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement en décembre.

Concernant les militaires, leurs intentions restent pour l'instant inconnues.

Depuis samedi, les contestataires ont essuyé à plusieurs reprises les assauts du puissant service de renseignement NISS, qui a tenté en vain de les disperser à coups de gaz lacrymogènes, selon les organisateurs des manifestations.

Dans un communiqué, le général Kamal Abdelmarouf, chef d'état-major de l'armée, a précisé que celle-ci "continuait d'obéir à sa responsabilité de protéger les citoyens".

L'Alliance pour le changement et la liberté a appelé l'armée à protéger les manifestants du NISS et de la police. Ce groupe est officiellement sous le contrôle de l'armée mais il est surtout composé de milices arabes qui ont combattu aux côtés des forces gouvernementales au Darfour (ouest), au cours des premières années d'un conflit ayant fait plus de 300'000 morts et 2,5 millions de déplacés selon l'ONU.

Ces milliers de Soudanais demandent inlassablement la démission du président au pouvoir depuis trois décennies.

Une jeune Soudanaise, debout sur une voiture, haranguant la foule devant le QG de l'armée: les images ont fait le tour des réseaux sociaux, permettant à l'intéressée de réaffirmer le rôle clé joué par les femmes dans la contestation antigouvernementale au Soudan.

"Je suis très fière de participer à cette révolution et j'espère que nous atteindrons notre but", affirme-t-elle. "Etant donné les signaux contradictoires venant des hauts gradés de l'armée, Béchir pourrait devoir gérer la transition plus tôt que prévu", ajoute-t-il.

Déclenchées en décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, les manifestations se sont rapidement transformées en contestation contre M. Béchir, à la tête du pays depuis un coup d'Etat en 1989.

Après le décret instaurant l'état d'urgence le 22 février, suivi de l'arrivée d'un nouveau Premier ministre, le mouvement avait considérablement faibli en mars. Mardi, des capitales occidentales ont appelé les autorités à répondre aux revendications "d'une façon sérieuse".

Le pouvoir doit proposer "un plan de transition politique crédible", ont écrit les ambassades des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Norvège dans un communiqué conjoint à Khartoum.

Mercredi, Washington a exhorté le pouvoir à respecter le droit de manifester.

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