L'armement français au Yémen, un dossier embarrassant pour Paris

Paris a menti sur toute la ligne au sujet de ses armes au Yémen selon une enquête                AFP 2019 Ahmad Al-Rubaye

Paris a menti sur toute la ligne au sujet de ses armes au Yémen selon une enquête AFP 2019 Ahmad Al-Rubaye

PARIS, 16 avril (Reuters) - La commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat souhaite entendre la ministre des Armées, Florence Parly, après les révélations du collectif Disclose sur l'utilisation d'armes françaises dans la guerre au Yémen y compris dans des zones civiles, a-t-on appris auprès des services du Sénat.

Disclose a alors reçu un rapport de 15 pages rédigé par la direction du renseignement militaire et remis à Emmanuel Macron lors d'un conseil restreint de défense le 3 octobre 2018.

Rédigée en octobre 2018 et obtenue par Disclose - partenaire de France Info, Mediapart, The Intercept, Konbini et Arte - cette note mentionne bien des armes françaises utilisées sur le territoire yéménite par Riyad et Abou Dhabi contre les rebelles houthistes, minorité chiite soutenue par l'Iran et le Hezbollah libanais.

Parmi eux, certains semblent être employés au-delà du défensif: selon cette note, 48 canons Caesar du Français Nexter, déployés le long de la frontière saoudo-yéménite, "appuient les troupes loyalistes, épaulées par les forces armées saoudiennes, dans leur progression en territoire yéménite".

Et invariablement, la réponse officielle de la France est la même: selon Paris, les exportations vers l'Arabie et les Emirats, des "partenaires stratégiques" de la France, sont étudiées "au cas par cas" et l'armement français aux mains de ces deux pays n'est utilisé que de manière "défensive" au Yémen.

S'appuyant sur une carte baptisée " Population sous la menace des bombes ", le renseignement militaire français estime par ailleurs que 436 370 personnes sont " potentiellement concernées par de possibles frappes d'artillerie". Parmi les armes vendues à l'Arabie Saoudite et engagées dans ce conflit, des Mirage 2000-9 (avion de chasse français) ont effectué plusieurs missions au-dessus du territoire Yéménite.

Pour rappel, le 20 janvier 2019, la ministre des Armées, Florence Parly, a annoncé sur France Inter qu'elle n'avait pas connaissance "du fait que des armes [françaises] soient utilisées directement au Yémen".

Mais après les informations contenues dans la note de la DRM, l'ONG Human Rights Watch a vivement réagi: "Le gouvernement ne peut plus nier le risque de complicité dans des crimes de guerre". Nous n'avons pas connaissance de victimes civiles résultant de leur utilisation sur le théâtre yéménite.

Des personnalités politiques de gauche appellent l'exécutif à faire preuve de "transparence". 28 millions de yéménites vivent toujours sous les bombardements et plus de 8.000 civils ont été tués depuis le début du conflit.

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