Ouverture du procès des dirigeants de France Télécom

Didier Lombard a dirigé France Télécom de 2005 à 2010

Didier Lombard a dirigé France Télécom de 2005 à 2010

Didier Lombard, qui a dirigé France Télécom de 2005 à 2010, sera jugé aux côtés de l'ex-numéro 2 de l'entreprise Louis-Pierre Wenes et de l'ex-directeur de ressources humaines Olivier Barberot. C'est la première fois que la justice aura à trancher sur une affaire de harcèlement moral d'une telle ampleur. En 2008 et 2009, 35 employés ont mis fin à leurs jours. Une première plainte était alors déposée par le syndicat Sud, suivie d'autres, et d'un rapport accablant de l'inspection du travail. Il y a 10 ans, France Télécom (ancien opérateur public, privatisé en 2004, puis devenu Orange en 2013) faisait la Une des journaux en raison des suicides parmi ses salariés.

Jugé à Paris pour "harcèlement moral" dix ans après la vague de suicides dans l'entreprise, l'ex-patron a rejeté mardi toute responsabilité dans cette crise. Devant des cadres en 2006, il avait donné le ton: "Il faut qu'on sorte de la position mère poule (.)". Coutumier des formules choc, il avait parlé, au pic de la crise, d'une "mode des suicides", avant de présenter ses excuses. Sa veuve et ses quatre enfants sont venus assister au procès. Mais pour les associations de victimes, les peines encourues par les prévenus - 15.000 euros d'amende et un an de prison - ne sont pas suffisantes. "Pour nous, ils devaient être condamnés pour homicides involontaires", défend Michel Lallier, représentant de l'Association d'aide aux victimes et aux organismes confrontés aux suicides et dépressions professionnelles (ASD Pro). France Télécom encourt pour sa part 75.000 euros d'amende. Sans oublier le "choc technologique": en quelques années, internet et les smartphones ont succédé au minitel (petit terminal informatique très populaire en France dans les années 80 et 90, NDLR) et au téléphone fixe.

Les dirigeants de France Télécom avaient mis en oeuvre un vaste programme de restructuration: les plans NExT et Act qui visaient à transformer France Télécom en trois ans, avec notamment l'objectif de 22.000 départs sur 120.000 salariés.

"L'entreprise ne nie pas la souffrance des salariés mais conteste avoir mis en place une politique destinée à déstabiliser ses équipes", explique à l'AFP une source proche de la défense.

Didier Lombard "ne se reconnaît pas" dans le portrait dressé par "le magistrat qui a dressé l'instruction". "Toutes ces vies sacrifiées, pourquoi?" interroge le journal belge, avant d'évoquer les raisons avancées par la présidente du tribunal: les réorganisations multiples et désordonnées de l'entreprise; les incitations répétées au départ; les mobilités forcées; les surcharges de travail; les mises au placard; les missions dévalorisantes. "C'est là l'une des clefs de compréhension des méthodes de management déclinées au sein de l'entreprise".

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