Fraude fiscale : le procès Balkany s'ouvre ce lundi

Comment les Balkany sont devenus les Balkany

Patrick et Isabelle Balkany à la mairie de Levallois Perret le 23 avril 1987Plus

Le maire LR de Levallois-Perret, et son épouse, première adjointe, sont poursuivis pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale aggravée. Deux propriétés du couple, qui ont été saisies, intéressent notamment la justice: la "Villa Pamplemousse" à Saint-Martin, qu'Isabelle Balkany, 70 ans, a finalement reconnu détenir après avoir nié en être propriétaire, et un riad à Marrakech. Une incertitude plane toutefois sur l'état de santé d'Isabelle Balkany, hospitalisée le 1er mai après avoir absorbé des médicaments.

Les magistrats instructeurs ont conclu que "les époux Balkany, dans le souci de ne pas apparaître comme les véritables propriétaires, ont mis en place des montages de plus en plus sophistiqués".

En 2016, Patrick Balkany a fini par expliquer avoir rapatrié de l'argent reçu de son père en Suisse sans le déclarer au fisc.

La seconde propriété, la villa Dar Gyucy de Marrakech, est détenue depuis 2010 par une SCI marocaine propriété d'une société panaméenne, Hayridge. Interrogé dimanche par l'Agence France-Presse, son avocat s'est refusé à tout commentaire.

Les Balkany, qui y ont maintes fois séjourné, ont constamment nié en être propriétaires. "Cette affaire pose aussi la question de la responsabilité collective (.) Pourquoi les deux derniers présidents de la République que j'ai saisis n'ont pas révoqué Patrick et Isabelle Balkany", qui ont perdu toute "autorité morale", a-t-il ajouté. Mais les juges sont formels: ils sont les "seuls bénéficiaires " du riad, où des peignoirs brodés aux initiales "PB " ont été retrouvés.

Surtout, les enquêteurs ont fini par établir que le prix de vente officiel de la villa, 2,75 millions d'euros, avait été payé par l'homme d'affaires saoudien Mohamed Al Jaber au moment où celui-ci négociait un super-projet immobilier à Levallois, ce qui constituerait donc un acte de corruption.

Par ailleurs, 2,5 millions d'euros de "dessous de table" ont été réglés via le compte singapourien d'une autre société panaméenne. Cet argent provient, selon les enquêteurs, d'une commission versée à Patrick Balkany par un industriel belge, George Forrest, contre son aide pour un contrat minier en Namibie.

Dans un chapitre de son rapport annuel 2017 spécialement consacré au "système municipal" mis en place par les Balkany, la Cour des comptes s'étonne de la mansuétude dont ils ont profité.

Les investigations sont remontées bien au-delà de la période 2007-2014 qu'elles ciblent, sans pouvoir retracer l'origine de tous les fonds.

"J'avais un petit matelas de réserves que je n'ai plus", avait commenté devant les juges Patrick Balkany, qui selon une employée de maison "avait régulièrement des espèces dans les poches de son peignoir ". Enfin, Jean-Pierre Aubry, proche collaborateur du maire de Levallois-Perret, est renvoyé pour complicité de corruption passive, blanchiment de corruption, prise illégale d'intérêts en tant qu'auteur et complice et blanchiment de fraude fiscale.

Le Saoudien Al Jaber devra répondre de "corruption active ". Seront également jugés Jean-Pierre Aubry et l'ancien avocat Arnaud Claude pour leur "rôle central " dans le montage autour du riad de Marrakech. Les juges lui reprochent d'avoir fait mine d'être le propriétaire de la villa en signant des baux fictifs.

Contacté par l'AFP, l'avocat de Patrick Balkany n'a pas donné suite.

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