En visite en Italie, Poutine prône des relations avec l’UE sans sanctions

Long entretien de Poutine avec le pape en ouverture d'une visite éclair à Rome

Soulignons que dans son ouvrage Dernières conversations, un livre d'entretien avec le journaliste allemand Peter Seewald, le Pape émérite Benoît XVI décrivait ainsi Vladimir Poutine: "Il me semble qu'il est, tout en restant un homme de pouvoir, bien sûr, plutôt conscient de la nécessité de la foi". Le chef du Kremlin lui a donné en retour une icône représentant les apôtres Pierre et Paul et un DVD d'un film d'Andreï Konchalovski sur Michel-Ange.

Selon le président russe, une "grande attention" a été accordée au cours de ces pourparlers "constructifs" aux questions de la coopération économique entre son pays et l'Italie. "Le pape mène une politique réaliste et veut négocier avec Vladimir Poutine et l'Église russe pour progresser sur plusieurs dossiers importants, dont le sort des chrétiens d'Orient et la fin de la confrontation entre catholiques et orthodoxes", explique le théologien et historien Jean-François Colosimo.

"Nos échanges commerciaux ont augmenté de 13% en 2018 jusqu'à 27 milliards de dollars", mais en 2013, un an avant la mise en place des sanctions européennes et américaines contre la Russie en raison de la crise ukrainienne, "ils étaient de 54 milliards de dollars", a rappelé M. Poutine. Dans un communiqué la salle de presse du Saint-Siège que la rencontre entre le pape et le président russe les deux parties ont fait part de leur satisfaction devant le développement des relations bilatérales, " renforcées par la signature aujourd'hui d'un protocole d'accord concernant la collaboration entre l'hôpital Bambino Gesù et les hôpitaux pour enfants de la Fédération de Russie ". Un tête-à-tête de 55 minutes que Vladimir Poutine a qualifié de "substantiel", après un traditionnel échange de cadeaux.

Vladimir Poutine, qui s'est également entretenu avec le président du Conseil Giuseppe Conte, a dit son espoir que l'Italie pourrait se faire l'avocat d'un rétablissement de relations complètes entre l'Union européenne et la Russie et contribuerait à convaincre Bruxelles que les sanctions contre Moscou sont une erreur.

Il devrait trouver une oreille attentive au gouvernement italien, dont l'homme fort, Matteo Salvini, compte parmi ses fervents admirateurs: " Des hommes comme lui, qui ont à cœur l'intérêt de leurs propres citoyens, il en faudrait des dizaines " en Italie, a-t-il souhaité.

Le programme de la coalition Ligue-M5S prévoit d'ailleurs de tout faire pour obtenir une révision des sanctions contre la Russie, la riposte russe pesant sur les exportations italiennes.

Les relations entre Moscou et les Occidentaux sont au plus bas depuis la fin de la Guerre froide, empoisonnées par des désaccords sur la Syrie et l'Ukraine, des scandales d'ingérence électorale présumée et d'espionnage.

Un pas de géant a été accompli en février 2016 lors d'une rencontre historique entre le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill à Cuba.

Une visite du pape en Russie?

Cette hypothèse suscite encore de vives résistances au sein de l'Eglise orthodoxe russe, traversée par un courant nationaliste et conservateur.

" Pour l'heure, une éventuelle invitation du pape en Russie ne figure pas à l'ordre du jour ", a précisé mercredi, sans surprise, Iouri Ouchakov. L'imposante limousine russe de Vladimir Poutine, longue de plus de six mètres, l'attend déjà à Rome où son chauffeur s'est entraîné à passer certains portails étroits de palais Renaissance. Nous voyons les efforts du gouvernement italien dans ce sens, a déclaré le président russe lors d'une conférence de presse conjointe avec Giuseppe Conte.

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