Budget 2020 : le gouvernement préfère baisser les impôts que la dette

La trajectoire des finances publiques telle qu'envisagée par Bercy à l'été 2018

La trajectoire des finances publiques telle qu'envisagée par Bercy à l'été 2018.- DOFP 2018

La crise des gilets jaunes et les inquiétudes sur l'économie mondiale ont fait réfléchir le gouvernement, l'amenant à "prendre des décisions qui favorisent l'investissement et la consommation", a déclaré Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances.

Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a résumé le mot d'ordre de l'Exécutif: "Nous avons préféré baisser les impôts plus vite que le déficit ", la semaine dernière dans un entretien au Parisien.

Par ailleurs, dans la lignée de la loi de Finances pour 2018, le projet de loi de Finances pour 2020 prévoit la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des foyers fiscaux, après avoir été allégée de 30 % en 2018, puis de 65 % en 2019.

Conséquence: les finances publiques ne risquent pas de tellement mieux se porter. "Une croissance robuste" selon Bruno Le Maire, qui pointe toutefois un climat macro-économique instable, entre les oscillations du baril de pétrole, la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis et la possibilité d'un Brexit sans accord.

Le déficit de l'Etat a été alourdi cette année par le coût ponctuel d'environ 20 milliards d'euros de la transformation du crédit d'impôt pour la compétitivité et pour l'emploi (CICE) en baisse de charge pérenne, ainsi que par celui des mesures d'urgence décidées en décembre dernier pour tenter de désamorcer la contestation des "Gilets jaunes".

- économies réduites - Le gouvernement a ainsi revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2020, à 1,3%, contre 1,4% prévu initialement. Mais sans cet effet exceptionnel, il va en réalité stagner alors que le gouvernement voulait le ramener à 2% du PIB.

En 2020, le taux d'imposition de la première tranche, qui concerne 12,2 des 16,8 millions de foyers, sera baissé de trois points. Cela représentera un gain total de 3,7 milliards d'euros de pouvoir d'achat.

En 2020, les contribuables verront ainsi leur impôt sur le revenu réduit de 5 milliards d'euros, comme promis par Emmanuel Macron à la fin du "grand débat national". Pour les 20% de foyers restants, cette suppression sera étalée jusqu'en 2023. Pour 2020, les 40% de ménages les plus modestes auront accès à la prime et les 40% suivants pourront encore recourir au CITE.

La bonne résistance de l'économie française devrait permettre une croissance de +1,3% en 2019 et 2020 (Bercy table même sur 1,4% en 2019), et le gouvernement fait le choix de poursuivre le soutien à l'économie en cohérence avec les orientations désormais fixées de "récompenser le travail, protéger les plus vulnérables et réduire massivement les impôts des Français et des entreprises".

"Malgré l'affichage d'une baisse de fiscalité sur les entreprises d'un milliard d'euros (...) de nombreuses dispositions vont les impacter entre 2020 et 2021: limitation de la déduction forfaitaire spécifique (DFS) applicable sur les charges sociales dans certains secteurs, coup de rabot sur le gasoil non routier (GNR), sur le régime fiscal pour le mécénat, sur le crédit impôt recherche (CIR)..." énumère l'organisation patronale dans un long communiqué. Au total, les entreprises contribueront à hauteur de 1,3 milliard d'euros aux économies, mais elles verront globalement leurs prélèvements se contracter d'un milliard d'euros, a assuré Bercy.

Alors qu'au cours du quinquennat, 10.500 postes devraient être supprimés, loin des 50.000 prévus dans le programme présidentiel, le responsable LR observe que la suppression de 47 postes seulement dans la fonction publique d'Etat en 2020 est " tellement faible qu'on n'arrive pas à la mettre dans le graphique ". Les ministères des Armées (+1,5 milliard) et de l'Intérieur (+0,7) ressortent gagnants, au contraire de ceux de la Cohésion des territoires (-1,4), des Comptes publics, de l'audiovisuel public.

C'est aussi un peu moins que la progression de 1,4% qu'il avait annoncée à Bruxelles au printemps.

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