Tractations sur l’avenir du Premier ministre conspué par les manifestants — Irak

Des manifestants irakiens réunis sur la place Tahrir dans le centre de la capitale irakienne Bagdad le 1er novembre 2019

Des manifestants irakiens réunis sur la place Tahrir dans le centre de la capitale irakienne Bagdad le 1er novembre 20191/3

Un militaire irakien a été tué dans l'explosion d'une roquette tombée sur un check-point près de l'ambassade des Etats-Unis, dans la Zone verte de Bagdad, où se trouvent les principales institutions de l'Etat.

L'Irak, en proie à des manifestations et des violences qui ont déjà fait plus de 250 morts, en majorité des manifestants, est depuis quelques jours en pleine paralysie.

Car les manifestants mobilisés jour et nuit à Bagdad et dans des villes du Sud assurent qu'ils ne rentreront chez eux qu'une fois leurs exigences satisfaites: une nouvelle Constitution et un départ de l'ensemble de la classe politique jugée corrompue et inapte.

Le turbulent leader chiite Moqtada Sadr et le chef des paramilitaires du Hachd al-Chaabi au Parlement Hadi al-Ameri ont annoncé, séparément, qu'ils allaient "travailler ensemble" à "retirer (leur) confiance" au chef du gouvernement, un indépendant sans base partisane ni populaire conspué par la rue depuis le début du mois. Appelé par le religieux populiste chiite Muqtada al-Sadr, qui dirige le plus grand bloc du parlement, à organiser des élections anticipées alors que les manifestants continuent de se mobiliser, le premier ministre n'a pas accédé à cette demande.

Moqtada Sadr a réclamé la démission du gouvernement et samedi ses députés ont entamé un sit-in illimité au Parlement.

Il a pressé M. Ameri de pousser à la démission du Premier ministre sous peine de " transformer l'Irak en Syrie ou en Yémen ", deux pays où des révoltes ont tourné à la guerre civile.

L'ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de l'Iran, puissance agissante en Irak, a, lui, mis en garde contre "le vide" dont ne sortirait "aucune action positive". "Les députés sadristes " ont rassemblé les 65 voix nécessaires pour convoquer le Premier ministre", a affirmé l'un d'eux, Salam Hadi, à l'AFP".

"Ils vont remplacer Abdel Mahdi pour amener quelqu'un d'un autre parti qui sera pareil", craint cet Irakien de 39 ans.

" On veut récupérer le pays qu'ils nous ont volé", a dit Hussein Nouri, un autre manifestant âgé de 55 ans.

"C'est à cause d'eux qu'on manque d'écoles et d'hôpitaux, alors il faut qu'ils démissionnent tous et que soit formé un gouvernement de salut national", renchérit Alaa Khdeir, 63 ans.

Ils veulent, disent-ils, en finir avec le compliqué système de répartition des postes par confession ou par ethnie rongé par le clientélisme et qui tient toujours à l'écart les jeunes, pourtant majoritaires dans la population.

Le système politique irakien a été créé en 2003 du temps de l'invasion américaine du pays qui avait entraîné la chute du dictateur Saddam Hussein.

Sur la place Tahrir, les manifestants, qui n'ont jamais été si nombreux, plaident pour continuer ce premier mouvement social spontané post-Saddam, affichant leur détermination malgré les violences.

La première semaine de contestation, du 1er au 6 octobre, s'est soldée par la mort, officiellement, de 157 personnes, surtout des manifestants abattus par des tireurs que l'Etat n'a toujours pas identifiés ou arrêtés. Le mouvement a repris le 24 octobre. Il y a eu plus de 8.000 blessés au total, selon un bilan officiel.

La deuxième, débutée jeudi dernier, a semblé moins sanglante et plus festive, avec des manifestations monstre dans la liesse et des piquets de grève qui ont paralysé universités, écoles et administrations.

Durant le second, entamé jeudi soir, 83 personnes ont été tuées, la plupart lors de violences nocturnes contre des QG de partis et de factions du Hachd.

Selon Maria Fantappie, du centre de réflexion International Crisis Group, la démission ou le limogeage du Premier ministre auraient été vus "comme un tournant par les manifestants" sans pour autant mettre un terme à celui-ci.

Mais cela pourrait marquer "une pause" plutôt qu'une "fin du mouvement", prévient cette spécialiste, car en occupant en permanence les places de grandes villes du pays, les Irakiens "marquent leur présence" face à leurs dirigeants.

Surtout, dit-elle, " un scrutin à venir avec la même loi électorale amènerait les mêmes visages au Parlement (...) ", alors que les membres de l'actuelle assemblée s'accusent d'allégeance à l'Iran, aux Etats-Unis, à l'Arabie saoudite ou à la Turquie, entre autres.

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