Huile de palme: Edouard Philippe demande un second vote à l'Assemblée

La raffinerie Total de La Mède

La raffinerie Total de La Mède

Malgré son succès, l'huile de palme est décriée.

Utilisée de manière massive en tant que carburant, pour la cosmétique et l'alimentation, l'industrie de l'huie de palme est accusée par les défenseurs de l'environnement de provoquer une déforestation massive et une menace sur la biodiversité des forêts tropicales mondiales.

Le député François Pupponi (Libertés et territoires) espère une "deuxième délibération" car la manière dont le vote s'est passé n'a "pas été correcte" selon lui. Jeudi 14 novembre, les députés français ont adopté un amendement reportant à 2026 l'exclusion des produits à base d'huile de palme de la liste des biocarburants.

Mais le cas de Total, qui exploite depuis juillet 2019, à La Mède, dans les Bouches-du-Rhône, une raffinerie d'agro-carburants utilisant de l'huile de palme, est également mentionné par les députés dans leur "exposé sommaire" des motifs qui accompagne le projet d'amendement. Il n'a fait l'objet d'aucun débat en séance.

Alors que l'Assemblée nationale avait voté en 2018 l'effacement de l'huile de palme parmi la liste des biocarburants dès le 1er janvier 2020, mettant fin à un régime fiscal favorable dont ils bénéficiaient, celle-ci a voté sans concertation un report à 2026 de cet effacement. Total avait tenté un recours mais le Conseil constitutionnel avait débouté le groupe pétrolier.

Et de dénoncer un "désastre environnemental" causé, selon elle, par la production extensive d'huile de palme: "Chaque jour, des milliers d'hectares sont brûlés pour faire pousser ces palmiers déforestant une grande partie de l'Asie du Sud-Est et de l'Afrique".

Le gouvernement a ainsi été déjugé par sa propre majorité vendredi soir. Mais jeudi, " l'amendement est passé en deux secondes " avec " avis défavorable du rapporteur général, favorable du gouvernement, sans aucun débat! "Rétablir la déduction fiscale de l'huile de palme comme biocarburant jusqu'en 2026 est un non-sens écologique!", a commenté sur Twitter le député du Gard Anthony Cellier. L'huile de palme sortira donc de la liste des biocarburants dès 2020. Fin octobre, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, avait plaidé sa cause en demandant "juste à être au même niveau de compétition que nos concurrents européens qui, contrairement à nous, bénéficient d'un avantage fiscal jusqu'en 2030".

Par ailleurs, ce dernier "a souligné que la puissance publique avait été incohérente en soutenant la transformation de l'usine de La Mède en bio-raffinerie [qui appartient à Total] et en réclamant des investissements de 200 ou 300 millions d'euros, il y a quelques années, pour ensuite renoncer à un soutien", justifie le député Roland Lescure (LREM), président de la Commission des affaires économiques. "Cela peut s'entendre", a-t-il ajouté, avant de finalement voter contre vendredi.

Selon l'association Les Amis de la Terre, citée par la radio, "les députés de la majorité, avec la complicité du gouvernement, [ont cédé] au lobbying éhonté de Total" en faisant au groupe un "cadeau fiscal évalué entre 70 et 80 M€". Cette dernière, une des plus grandes d'Europe, emploie directement 250 personnes.

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