Des aveux glaçants, des victimes en attente d'une condamnation

Procès Bernard Preynat ce lundi 13 janvier

Un prêtre français accusé affirme qu'il «ne s'est pas rendu compte de la gravité» de la maltraitance des scouts

Le procès de l'ancien prêtre, poursuivi pour atteintes sexuelles sur mineurs par personne d'autorité, a donc véritablement commencé. "Je savais que c'était interdit et condamnable, mais je ne pensais pas à leurs conséquences sur les victimes", rapporte Le Parisien. Il en retirait une absolution et la promesse de ne pas recommencer.

Quand l'avocat du plaignant lui demande s'il avait conscience de commettre les agressions, l'ancien prêtre répond par la négative: "Pour moi, c'était des caresses en cachette".

Le père Preynat se justifie, combatif. "Je me souviens de l'avoir caressé sous sa combinaison, une fois, au fond du car lors d'une sortie au ski", admet le vicaire, qui dément d'autres agressions décrites précisément par la victime: "M. Repoux a pu entendre parler de tout ça par d'autres".

L'église Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-Lyon, où le père Preynat a été prêtre de 1971 à 1991. "Il me retournait pour se frotter contre moi", raconte devant le tribunal correctionnel Stéphane Hoarau, 8 ans à l'époque des faits, ajoutant que ces abus s'étaient déroulés plusieurs fois dans la chambre de l'ancien homme d'église.

Au deuxième jour du procès, la lecture, la succession de récits glaçants d'agressions sexuelles, de caresses intimes sur certains enfants, de masturbation sur d'autres a donné une impression terrible: celle d'un véritable prédateur qui agressait ses victimes à la chaîne.

L'ex-curé, réduit à l'état laïc au terme de son procès canonique l'été dernier, encourt jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

"Il me baissait mon short, me touchait le sexe, me masturbait, m'obligeait à me masturber et m'a demandé parfois de le masturber, de caresser son sexe".

Le procès de Bernard Preynat va continuer toute la semaine à Lyon.

"Sans accuser" l'Eglise, l'ex-prêtre a aussi évoqué la responsabilité de sa hiérarchie qui, plusieurs fois alertée de ses pulsions, n'a pas exigé qu'il se fasse soigner.

Après sa mise en examen en 2016, il dit ne pas avoir "eu l'idée de (s)'engager à nouveau dans une thérapie". Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, sont constituées au procès, beaucoup de faits étant frappés de prescription. Quand les victimes parlent à la barre de leur terreur, leur honte, entravés dans ses bras musclés!

" Il parle de caresses".

Ses proies étaient âgées de 7 à 15 ans. Appelé par le prêtre sous le prétexte de l'aider à quelque chose (un mode opératoire fréquent chez lui), il se rappelle avoir croisé en arrivant un petit garçon, regard fuyant, tête basse, qui sortait d'une pièce où se trouvait Preynat. C'est un langage malheureux mais qui en même temps met bien les choses en évidence, qui interroge en tout cas sur le pouvoir sacré, sur l'absence de rationalisation face à cette dimension du prêtre. Il avait été inscrit par sa famille d'accueil chez les scouts du groupe de Preynat pour " le recadrer ".

Il réfute encore. Et quand la même victime évoque "plus d'une cinquantaine d'agressions commises en deux ans", le septuagénaire se fâche presque.

"Des visions me reviennent. Des craintes me reviennent", raconte la voix étranglée Stéphane Sylvestre qui a déposé plainte en 2015. Mais "j'avais peur de devenir moi-même un agresseur".

"J'étais très loin de tous les agresser, Dieu merci!", s'était-il exclamé un peu plus tôt en réponse à la présidente du tribunal qui soulignait de sa part "une multiplicité d'actes sur une multiplicité d'enfants pendant une vingtaine d'années". "Maintenant, je le reconnais", a-t-il dit, reconnaissant n'avoir jamais eu d'attirance sexuelle pour les adultes.

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