L'ultime combat de Mahmoud Abbas — Proche-Orient

L'Etat palestinien proposé par Trump ? Un «gruyère suisse», dénonce Abbas devant l'ONU

Mahmoud Abbas à l'ONU : "Nous rejetons totalement la proposition israélo-américaine"

Le président palestinien Mahmoud Abbas s'exprime devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le 11 février 2020.

Le renoncement au vote d'une résolution mardi en présence de ce dirigeant représente un revers sérieux pour les Palestiniens, même s'ils assurent à l'unisson de la Tunisie, qui les représente au Conseil, que les négociations sur le texte lancées la semaine dernière vont se poursuivre.

Selon une source contactée par l'AFP, les pays soutenant les Palestiniens ont été soumis à une "très forte pression" de Washington avec des menaces de "mesures de rétorsion" financières. Dimanche, les Etats-Unis et le Royaume-Uni avaient soumis à leurs partenaires du Conseil de sécurité une série d'amendements au texte visant à lui enlever toute critique à l'égard du plan de paix américain dévoilé par Donald Trump le 28 janvier.

Le président palestinien a également appelé à la reprise des négociations sous l'égide du Quartet, composé de la Russie, des États-Unis, de l'Union européenne et des Nations unies.

Ce projet retient une "solution à deux États" et propose de créer une capitale d'un État palestinien à Abou Dis, un faubourg de Jérusalem, alors que les Palestiniens veulent faire de l'ensemble de Jérusalem-Est la capitale de leur État. Il intègre une annexion des colonies israéliennes, ainsi que de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967, avec des frontières en rupture avec les lignes tracées à l'époque. Il prévoit aussi un État démilitarisé pour la Palestine altérant sa souveraineté.

" Ce sont nos territoires", a asséné devant le Conseil de sécurité Mahmoud Abbas".

Parmi les amendements proposés, Washington a demandé de supprimer la mention d'une vision à "deux États souverains et démocratiques" pour ne conserver que la qualification "d'États démocratiques".

"Qui parmi vous accepterait un tel État?", a-t-il demandé aux membres du Conseil.

" Si vous imposez la paix, elle ne durera pas, elle ne pourra pas durer", a-t-il dit, en demandant: " Qu'est-ce qui vous donne le droit d'annexer ces terres?

Mahmoud Abbas a en outre appelé "la communauté internationale à faire pression" sur l'Etat hébreu afin de faire barrage au plan américain, et a souligné que Washington, en raison de son alliance avec Israël, ne pouvait "plus être le seul médiateur" dans la région.

Dans une déclaration commune avant la réunion du Conseil de sécurité, les membres de l'Union européenne siégeant dans cette instance (Belgique, France, Allemagne, Estonie, plus la Pologne, ancien membre) ont plaidé au contraire pour la création d'" un État d'un seul tenant, indépendant, démocratique, souverain et viable " pour les Palestiniens.

Les Palestiniens ont obtenu le soutien de la Ligue arabe, de l'Organisation de coopération islamique et de l'Union africaine, qui ont tous rejeté le plan de Trump.

Mais dans la réalité, plusieurs pays dans le monde, y compris parmi les membres de ces organisations (Émirats arabes unis, Oman, Barheïn notamment pour le Golfe), n'affichent pas d'opposition catégorique aux États-Unis.

Depuis, le soutien international aux Palestiniens s'est érodé.

Selon des diplomates, un vote d'une résolution à l'ONU critiquant le projet américain aurait été loin de recueillir les 14 voix qui avaient dénoncé, en décembre 2017 lors d'un vote du Conseil de sécurité, la décision américaine unilatérale de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.

Israël dénigre Abbas. Selon l'ambassadeur israélien à l'ONU, Danny Danon, la paix ne peut pas intervenir si les Palestiniens ne changent pas de dirigeant.

"Ce qui nous arrive avec ce plan américain. c'est une nouvelle tragédie", soutient Bachar al-Karmi, 57 ans, qui manifestait mardi à Ramallah.

Mahmoud Abbas avait renoncé la veille au vote d'une résolution mardi matin.

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