"Le cas Richard Jewell", un faux coupable idéal

Le Cas Richard Jewell, un coupable idéal

Paul Walter Hauser incarne Richard Jewell cet ex-policier en mal de gloire soupçonné à tort d’être l’auteur de l’attentat des JO d’Atlanta de 1996 Warner

Dans une série de films qui ressemble presque à un martyrologe américain, inspiré par des faits divers réels qu'il filmait à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, Clint Eastwood s'est mis à envisager le rapport de ses personnages non plus au courage ou à des constructions mythologiques, mais aux institutions, au peuple et au réel.

C'est l'histoire d'un héros ordinaire qui devient un faux coupable idéal.

En 2018, avec THE 15:17 TO PARIS, on avait bien cru perdre Clint Eastwood à jamais. Un peu bizarre, un peu mou, avec un regard tombant et qui parle lorsque son avocat lui dit de se taire, le héros du Cas Richard Jewell nous intrigue. Appliqué comme toujours dans sa réalisation au cordeau et dans sa direction d'acteurs.

Parfois, quand on nous raconte certaines histoires, on s'aperçoit qu'il n'est nul besoin de les inventer ou les romancer pour qu'on soit captivés. Les deux se superposent mais pourtant n'ont pas la même candeur ni la même justesse dans la représentation et c'est bizarrement, ce qui fait que Le Cas Richard Jewell étonne voire questionne. Le héros anonyme devint une star médiatique, mais il déclencha la paranoïa du FBI, l'avidité prédatrice de la presse et se retrouva surtout victime d'une machination qui allait en partie détruire sa vie. Seulement, sa notoriété a aussi déchaîné les chroniques en devenant trois jours plus tard le suspect numéro un dudit attentat.

Membre de l'équipe de sécurité de l'événement, accusé lui-même d'avoir posé la bombe, l'homme traqué est joué par Paul Walter Hauser.

Car l'intérêt du film est justement dans l'anonymat initial de ses personnages.

Kathy Bates dans le rôle de la "mère courage" ne sachant comment défendre son fils face à la vindicte populaire est remarquable et se réserve une des séquences les plus poignantes du métrage.

Sam Rockwell compose quant à lui un avocat aussi agressif qu'intègre. Un beauf zélé et maladroit auquel le remarquable Paul Walter Hauser prête sa lourde silhouette (la ressemblance avec le vrai Richard Jewell est frappante).

Enfin, citons également Olivia Wilde et Jon Hamm, respectivement la journaliste avide de scoops et l'agent du FBI responsable de l'enquête, tous deux symbolisant un pôle d'une justice bancale et impitoyable. Leur traitement tout en nuance permet néanmoins de les humaniser et d'éviter les clichés des gentils contre les méchants.

Un univers d'arrivistes que Clint Eastwood filme sans pitié.

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