La mère de l’adolescente morte du coronavirus témoigne : "c’est invivable"

Porte d'entrée du centre d'appel d'urgences de l'hôpital Necker à Paris le 10 mars 2020

Porte d'entrée du centre d'appel d'urgences de l'hôpital Necker à Paris le 10 mars 2020

" On n'aura jamais de réponse, c'est invivable ", confie sa mère, Sabine, racontant son épreuve après des tests d'abord négatifs au Covid-19, puis un test positif.

Le coronavirus est en train de toucher des victimes de plus en plus jeunes.

Pour le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, l'information concernant la jeune fille est "importante, puisque les formes sévères chez les sujets jeunes sont extrêmement rares".

"Elle avait juste une toux", répète Sabine.

Elle raconte que Julie, 16 ans, avait une petite toux d'apparence bénigne depuis une semaine. "Pas énorme, elle avait du mal à reprendre son souffle ", se souvient sa mère. Dans le week-end, les quintes de toux s'aggravent, s'accompagnent de glaires, ce qui poussent la famille à consulter un médecin dès le lundi. Sa mère, quant à elle, révèle les difficultés à encaisser des informations si tragiques et aussi vite: "C'était violent". Combinaisons intégrales, masques, gants, ils équipent la jeune femme d'un masque en papier sous son masque à oxygène, direction l'hôpital le plus proche, à Longjumeau, dans l'Essonne.

Sabine rentre chez elle. Mais dans la nuit, Julie, en insuffisance respiratoire, est transférée à l'hôpital Necker pour enfants, à Paris. Elle fait deux autres dépistages au Covid-19 et est admise en réanimation dès mardi. Une bonne nouvelle célébrée par le personnel médical. L'adolescente de 16 ans ne présentait aucun symptôme de comorbidité. Après une journée à l'hôpital, Sabine rentre chez elle, promet qu'elle reviendra le lendemain. Passé minuit, un autre coup de fil: "Venez, vite!". "Il y a des mots qui vous font comprendre", explique Sabine. "On n'y croit pas".

Sa mère et sa soeur n'ont pas pu lui dire au revoir. Et pourquoi ces résultats arrivent aussi tard? On se dit qu'ils se sont trompé. "Personne n'est invincible face à ce virus mutant", lance sa sœur aînée, Manon, dans les colonnes du Parisien. En France, le dernier bilan est de 1 696 morts enregistrés à l'hôpital depuis le début de l'épidémie. Elles peuvent la voir, lui prennent la main, lui donnent une caresse sur le front.

"Faut arrêter de croire que cela ne touche que les personnes âgées". Quand elle arrive à l'hôpital, Julie est morte: " Elle était déjà grise. " C'est horrible parce que, moi, je sais que c'est la mienne ", dit Sabine. "Le jour de son décès, on devait déjà choisir un cercueil pour elle". Julie "ne sera ni maquillée, ni habillée, on n'a pas le droit", poursuit-elle. " On a dû choisir parmi nos proches qui sera présent".

Le corps de Julie est dans la chambre mortuaire de l'hôpital Necker. Impossible aussi de récupérer les affaires de la jeune fille, tout doit être brûlé. "Elles arrivent quand même à garder une chaîne de baptême, un bracelet", précise le quotidien. Si Sabine comprend les circonstances particulières de l'épidémie, "il faudrait un peu plus d'humanité", estime-t-elle auprès du Parisien. Les camarades de Julie espèrent pouvoir lui rendre hommage avec une marche blanche après les vacances de Pâques le lundi 4 mai.

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