" Séisme " pour le crime organisé après le démantèlement d'un réseau crypté mondial

Démantèlement d’un réseau de communications cryptées utilisé par les autorités franco-néerlandaises

Démantèlement d’un réseau de communications cryptées utilisé par les autorités franco-néerlandaises

Un "séisme" pour le crime organisé, avec plus de 800 arrestations. Au menu de ces discussions des sujets tels que le trafic de drogue, le blanchiment d'argent, des enlèvements et même la préparation d'assassinats. Cette opération conjointe a conduit à de "multiples arrestations" dans plusieurs pays européens et empêché que ne soient perpétrés de nombreux actes criminels, ont-elles expliqué lors d'une conférence de presse à La Haye (Pays-Bas), au siège d'Eurojust, l'organisme de coopération judiciaire entre pays européens.

"On a utilisé le fait que les criminels font confiance aveuglément à la crypto-communication et parlent librement", a indiqué Andy Kraag, responsable de la division criminelle de la police néerlandaise.

A l'origine de cette vaste opération, la gendarmerie française, qui est parvenue dès 2017 à briser le cryptage de cette solution de communication chiffrée, qui était notamment mise en œuvre depuis des serveurs installés dans l'Hexagone. Il garantissait un "anonymat total" et une parfaite "impunité" à ses clients, même en cas d'arrestation.

Chaque appareil était entièrement modifié, la société retirant généralement les micros, caméras et systèmes GPS. Les smartphones EncroChat étaient vendus pour 1 000 € environ, prix auquel il faut rajouter 1 500 € d'abonnement pour six mois. Selon les autorités, la quasi-totalité des clients d'EncroChat (de 90% à 100%) est liée au crime organisé. Pour pénétrer le réseau EncroChat, un outil de hack a été développé, sobrement officiellement qualifié de "dispositif technique " ayant permis d'accéder aux communications de façon non chiffrée, déployé par le service central de renseignement criminel de la Gendarmerie Nationale, et dont la conception aussi bien que le fonctionnement sont couverts par le secret défense.

EncroChat récupérait ces téléphones bon marché, et y installait ses propres programmes de chiffrement et de messageries sécurisées.

Sous l'autorité du parquet de la Juridiction interrégionale spécialisée de Lille, une information judiciaire a été ouverte le 28 mai dernier. Ces derniers mois, l'enquête conjointe franco-néerlandaise a permis d'intercepter et de déchiffrer en temps réel, à leur insu, "plus de 100 millions de messages" échangés via EncroChat entre criminels à travers le monde.

Des clients tous liés au crime organiséCette intrusion d'envergure a pris fin le 13 juin lorsque le réseau s'est rendu compte, selon un message "d'alerte" adressé à tous ses clients, qu'il avait été "infiltré illégalement" par des "entités gouvernementales" et leur a alors conseillé de se débarrasser "immédiatement" de leurs téléphones.

Selon les informations de nos confrères du journal Le Parisien, plusieurs interpellations ont eu lieu en France ces dernières semaines grâce à ce piratage d'EncroChat: deux importateurs de stupéfiants de premier plan à Strasbourg (Bas-Rhin), ainsi qu'un autre à Bordeaux. Par ailleurs, un règlement de comptes a pu être évité dans le sud de la France, via des messages déchiffrés sur EncroChat et des investigations de terrain, toujours selon le quotidien.

La France est restée discrète sur la tenue des opérations, mais aux Pays-Bas, les chiffres sont vertigineux: une centaine de suspects arrêtés, 10 000 kg de cocaïne saisis ainsi qu'1,5 tonne de méthamphétamine, 70 kg d'héroïne, 25 millions d'euros en liquide, des dizaines de voitures, armes à feu et objets de luxe issus de trafics, et, pour clore la liste, 19 laboratoires de drogues synthétiques ont été démantelés. Mais ce n'est pas tout.

L'Agence nationale britannique de lutte contre la criminalité (NCA), qui s'est réjouit d'avoir atteint des "têtes de réseau" semblant jusqu'alors "intouchables", a déclaré de son côté avoir utilisé les données d'EncroChat pour lancer des enquêtes.

Mais les enquêtes, dont les résultats seront encore exploités "pendant des années", ont aussi révélé "des indices de fuite au niveau des services de police", qui sont pris "extrêmement au sérieux", a souligné la cheffe de la police néerlandaise.

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