Alexandre Loukachenko l'emporte avec 80,23 % des voix — Présidentielle en Biélorussie

En Biélorussie une présidentielle hors-norme

Svetlana Tikhanovsky représente l’espoir de l’opposition au président Loukachenko. Sergei Gapon AFP

La police a dit avoir utilisé des "équipements spéciaux" pour disperser les rassemblements, dont des grenades assourdissantes, et avoir procédé à des arrestations, sans en préciser le nombre, les "événements étant en cours". Plusieurs médias, dont la radio financée par les États-Unis RFE/RL, ont fait état d'usage de balles en caoutchouc.

Après avoir voté, Alexandre Loukachenko a signifié qu'il n'y aurait ni "perte de contrôle" ni "chaos", alors que des appels à manifester étaient diffusés en ligne. Des heurts entre protestataires et policiers ont aussi été rapportés.

Les électeurs se rendent aux urnes, certains portant un bracelet blanc en signe de reconnaissance à la demande de la candidate d'opposition qui a convié ses soutiens à être vigilants face aux fraudes.

Un journaliste de l'AFP a quant à lui entendu l'explosion de grenades sonores près du monument Stella de la capitale et vu les forces de l'ordre, équipées de boucliers, se diriger vers des manifestants.

Un photographe de l'AFP a vu des manifestants conspuer des policiers, quand d'autres brandissaient des drapeaux symbolisant l'opposition devant des cordons des forces de l'ordre barrant des axes du centre de Minsk.

Ales Bialiatski, qui dirige l'ONG Viasna, a dénoncé auprès de l'AFP une utilisation "disproportionnée" de la force par la police.

Alexander Loukachenko, âgé de 65 ans, mène le pays d'une main de fer depuis 1994 mais s'est trouvé confronté à une vague de colère contre sa gestion de l'épidémie de coronavirus, la situation économique dégradée et le non-respect des droits civiques. A la sortie des bureaux de vote, à Minsk et dans plusieurs villes, les supporteurs de l'opposition ont au contraire annoncé les résultats de leur propre comptage de votes: partout arrive en tête Svetlana Tikhanovskaïa, la "Jeanne d'Arc biélorusse ", épouse d'un des leaders anti-Loukachenko emprisonnés qui a pris son relais contre le président.

La présidente de la Commission électorale, Lidia Ermochina, a qualifié ces queues de "sabotage" de la présidentielle et de "provocation" organisée par l'opposition.

Svetlana Tikhanovskaïa estime que la majorité de ses concitoyens la soutiennent.

La campagne de cette dernière n'avait pas réagi à ces données, mais elle n'a eu cesse de dénoncer des fraudes massives orchestrées par le pouvoir pour accorder un 6e mandat au président sortant.

Des résultats officiels étaient attendus dans la nuit de dimanche à lundi.

Le taux de participation a été de 84,23%, soit 5.790.000 voix.

La cheffe de son QG de campagne, Maria Moroz, avait été arrêtée tout comme neuf autres collaborateurs et Maria Kolesnikova brièvement interpellée.

"Connaissant la nature impitoyable de Loukachenko, quiconque s'intéresse au Bélarus s'inquiètera pour le peuple bélarusse dans les prochains jours", affirme Nigel Gould-Davies, analyste à l'International Institute for Strategic Studies et ancien ambassadeur britannique dans l'ex-république soviétique.

Avant l'émergence de Tikhanovskaïa, les principaux rivaux d'Alexandre Loukachenko avaient été écartés: deux sont incarcérés, un troisième est en exil. Les trois autres candidats ont rassemblé chacun moins de 2 % des suffrages, selon cette source. "Je sais que les habitants du Bélarus se réveilleront demain dans un nouveau pays", a-t-elle conclu.

Le Biélorussie n'a pas organisé de scrutin jugé libre depuis 1995.

Dernières nouvelles