Des mutations génétiques pourraient expliquer les formes graves du Covid-19 — Coronavirus

Covid-19: 15% des patients qui développent des formes graves ont en commun ces deux anomalies

Coronavirus : 15% des formes graves s'expliqueraient par une prédisposition génétique

Des marcheurs portant des masques à Stockport le 16 septembre 2020 au Royaume-Uni. Ces réactions très différentes seraient dues à nos gènes, estiment plusieurs chercheurs.

Une particularité est apparue dans le groupe des cas graves étudiés: les patients porteurs de certaines mutations génétiques n'arrivent pas à activer de façon efficace un certain type de protéines appelées "interférons". Cette recherche pointe spécifiquement un défaut de substances dans le système immunitaire, interférons (IFN) de type 1, première ligne de défense contre les attaques virales. Ces découvertes sont d'autant plus importantes car alors que la France semble se préparer à affronter une deuxième vague de COVID-19, elles pourraient permettre au personnel de santé de dépister les personnes à risques de développer une forme grave, et de mieux soigner ce groupe de patients. Ces conclusions sont détaillées dans deux articles publiés par la revue américaine Science. Ces derniers ont ciblé leur recherche sur des mécanismes spécifiques de l'immunité: la voie des interférons (IFN) de type I qui sont de puissantes molécules antivirales.

" Il s'agit d'un défaut de production ou d'action des interférons de type 1 ", explique le professeur Jean-Laurent Casanova (Institut Imagine à Paris et Université Rockefeller à New York), lors d'une conférence de presse en ligne. "Chez d'autres patients, ils ont identifié des maladies auto-immunes qui bloquent l'action des IFN de type I (10-11% des formes graves)". Les chercheurs ont mis en évidence chez certains patients des anomalies génétiques (mutations de 13 gènes) qui diminuent la production des interférons de type I (3-4 % des formes graves).

Dans la seconde étude, les chercheurs montrent chez les patients atteints de formes graves de Covid-19, la présence à taux élevé dans le sang d'anticorps dirigés contre les IFN de type I (auto-anticorps), capables de neutraliser l'effet de ces molécules antivirales. Cette anomalie toucherait davantage les hommes que les femmes.

Par ailleurs 49,5 % des patients testés positifs pour ces anticorps avaient plus de 65 ans, contre 38 % dans le reste de la cohorte, ce qui laisse également supposer que la fréquence de ces anticorps augmente avec l'âge.

Les interférons appartiennent à la famille des cytokines, substances produites notamment par les cellules du système immunitaire, en réponse à une infection. Le défaut initial d'interféron de type 1 entraîne par la suite une réaction exagérée de l'organisme pour compenser ce manque. "Il produit ainsi d'autres cytokines provoquant un emballement inflammatoire funeste, " l'orage de cytokines ", observé dans les cas très graves de Covid.

Le Pr Casanova a dirigé ces recherches avec le professeur Laurent Abel (Institut Imagine/Inserm), en collaboration avec Helen Su de l'Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID/NIH). Et ils sont rares dans la population générale: 0,33% selon une analyse d'un échantillon de plus de 1000 personnes en bonne santé, une fréquence quinze fois inférieure à celle observée chez les patients atteints de formes sévères. En revanche, chez les patients qui développent une forme légère de la maladie, ces anticorps ne sont pas présents. " Ces médicaments sont disponibles depuis plus de 30 ans et sans effets secondaires notables s'ils sont pris pendant une courte période ", précise l'institut. Pour les malades ayant ces mauvais anticorps, on pourrait utiliser un interféron qu'ils ne neutralisent pas. Ils pourraient bénéficier de la plasmaphérèse (élimination de la partie liquide du sang contenant les anticorps notamment), ou d'autres traitements permettant de réduire la production de ces anticorps par les lymphocytes B. Les deux études font progresser la compréhension de la maladie en identifiant de nouveaux facteurs de prédisposition aux formes graves indépendants de l'âge.

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