Victoire surprise du protégé d'Ankara face au "président" sortant — Chypre-Nord

Élection à Chypre-Nord : le dirigeant sortant favori face au candidat d'Ankara

Election à Chypre-Nord : victoire surprise du candidat d'Ankara

Dans la République turque de Chypre-Nord, une entité qui n'est reconnue à l'échelle internationale que par la Turquie, c'est Ersin Tatar, une "marionnette" de Recep Tayyip Erdogan, comme il était communément décrit avant le scrutin, qui a emporté la présidentielle, dimanche.

L'élection s'est déroulée dans un contexte de vives tensions autour de l'exploitation d'hydrocarbures en Méditerranée orientale entre Ankara et Athènes, principale alliée de la République de Chypre -membre de l'Union européenne (UE) depuis 2004- qui exerce son autorité sur les deux tiers sud de l'île.

Tout en prétendant, contre les évidences rassemblées par le camp Akinci, ne pas s'être mêlé de l'élection, Erdogan, qui multiplie les provocations en Méditerranée, dans les eaux territoriales revendiquées par la Grèce, et a déjà lancé des forages pétroliers au large du nord de Chypre, a promis une coopération renforcée avec Ersin Tatar, évoquant en particulier "les activités liées aux hydrocarbures".

"Le ministère américain de la Défense condamne dans les termes les plus forts le test effectué le 16 octobre par la Turquie du système de défense aérienne S-400, un test confirmé aujourd'hui par le président Erdogan", a fait savoir le 23 octobre 2020 Jonathan Hoffman, un porte-parole du Pentagone.

Social-démocrate de 72 ans, Mustafa Akinci défend la réunification de Chypre sous la forme d'un État fédéral et n'a jamais caché son intention de desserrer les liens avec Ankara.

Après sa victoire, M. Tatar, partisan d'une solution à deux Etats, s'est entretenu au téléphone avec M. Erdogan, selon la présidence turque.

"La bonne solution est la solution fédéraliste", dit Said Kenan devant un bureau de vote au nord de Nicosie. Cette île c'est Chypre. "Nous allons défendre ensemble les droits et intérêts légitimes de Chypre-Nord en Méditerranée orientale", a tweeté le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu.

L'inauguration en grande pompe d'un aqueduc sous-marin entre Chypre-Nord et la Turquie et la réouverture partielle d'une ancienne station balnéaire abandonnée et bouclée par l'armée turque après la partition de l'île, avaient suscité des accusations d'ingérence de la Turquie et irrité de nombreux Chypriotes-turcs, M. Akinci en tête.

La crise économique, amplifiée par la pandémie Covid-19, n'a pas aidé: c'est Ankara qui a eu un hôpital (100 lits) construits en TRNC pour y faire face.

Mais afficher une ligne indépendante d'Ankara est difficile car la TRNC est sous l'influence économique turque depuis sa création en 1983.

À son arrivée au pouvoir en 2015, M. Akinci avait ravivé l'espoir de voir aboutir les pourparlers de paix en prônant un État fédéral, mais les dernières négociations officielles ont échoué en 2017.

"Nous ne pouvons rien faire sans la Turquie, l'histoire a montré que les Chypriotes grecs n'accepteront jamais que nous soyons égaux dans la République", proteste Dilek Ertug, agent immobilier de 60 ans.

Des Chypriotes-grecs s'étaient rassemblés samedi près de la zone tampon pour réclamer le retour des territoires du nord, affirmant que Chypre était "grecque".

La question de la réunification divise aussi au sein même des familles Chypriotes-turcs.

"Des difficultés attendent Akinci à ce sujet s'il est élu", anticipe la politologue Umut Bozkurt. "Ankara semble désormais préférer une ligne dure qui exclut une fédération".

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