Faux départ pour le procès de Sarkozy

M. Sarkozy porte un couvre-visage

Affaire des "écoutes": Nicolas Sarkozy jugé pour corruption à partir de lundi

À ses côtés, sur le banc des prévenus de la 32e chambre correctionnelle de Paris: Thierry Herzog, 65 ans, ami et avocat de l'ancien président de la République; Gilbert Azibert, 73 ans, ancien haut magistrat. Après délibération, le tribunal a choisi de diligenter une nouvelle expertise médicale de Gilbert Azibert afin de déterminer s'il est apte ou non à assister aux débats. L'audience a donc été suspendue jusqu'à jeudi 13h30.

Dans ce procès à tiroirs, le PNF devrait d'ailleurs, dernier élément, se retrouver dans le viseur de la défense: classée sans suite en 2019, une enquête diligentée par lui a couru six ans durant afin d'identifier la "taupe" qui aurait informé Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog que la ligne "Paul Bismuth" avait été découverte. Le 7 mars, Le Monde révèle que l'ancien président de la République (2007-2012) a été placé sur écoute dans l'enquête ouverte l'année précédente sur les accusations de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.

En contrepartie, ce haut magistrat a fourni des informations, couvertes par le secret, sur une procédure engagée par Nicolas Sarkozy devant la Cour de cassation en marge d'un autre dossier (affaire Bettencourt), et a tenté d'influer sur ses collègues.

Avant lui, un autre ex-président, Jacques Chirac, avait été jugé - et condamné en 2011 à deux ans avec sursis pour détournement de fonds publics - pour des emplois fictifs à la Mairie de Paris, mais c'est le premier chef d'État qui comparaît pour corruption.

Nicolas Sarkozy, qui avait bénéficié d'un limogeage dans cette affaire fin 2013, avait saisi la Haute Cour pour annuler la saisie de ses agendas présidentiels, susceptibles d'intéresser la justice dans d'autres procédures.

Il y a fort peu de chances que le procès "Bismuth", cette semaine, atteigne les mêmes sommets d'audience et de voyeurisme que l'affaire Daval.

Dans les conversations fleuries avec son avocat, socle de l'accusation, l'ex-président s'engageait à intervenir en faveur de Gilbert Azibert. Sûrement pas moi dit l'avocat en question Me Frédérik Canoy: "C'est un menteur et je l'ai eu de mon confrère Francis Chouraqui, avocat à Paris, un mandat pour se constituer partie civile".

Dans ce dossier, les juges avaient décidé en septembre 2013 de placer l'ancien président sur écoute et découvert, début 2014, qu'il utilisait une ligne secrète, sous l'alias "Paul Bismuth", pour communiquer avec Thierry Herzog.

Plus de huit ans après son départ (forcé) de l'Élysée, Nicolas Sarkozy a entamé ce lundi un marathon judiciaire (forcé aussi) soldant des affaires qui ont pris naissance pour certaines avant la présidentielle de 2007 et dont l'issue conditionne sans doute le rôle qu'il pourrait être amené à jouer lors de la présidentielle de...

Tout en assurant comprendre l'"inquiétude légitime" de Gilbert Azibert, une des deux magistrates du Parquet national financier (PNF) a tenu à souligner que le procès avait été organisé dans le strict respect des précautions sanitaires, avant d'indiquer que rien ne s'opposait à sa comparution en visioconférence. Pour le pénaliste, le recours à la visioconférence est d'autant moins adapté au procès qu'aucune confrontation n'a eu lieu entre les trois prévenus au cours de l'instruction. Dans ce cadre, les magistrats ont fait éplucher les factures téléphoniques détaillées ("fadettes") de plusieurs ténors du barreau. Nicolas Sarkozy n'a cessé de dénoncer une instrumentalisation politique de la justice et a, sans succès, multiplié les remèdes.

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