Aung San Suu Kyi arrêtée par l'armée, qui déclare l'état d'urgence — Birmanie

Birmanie : un coup d'État organisé par l'armée, Aung San Suu Kyi arrêtée

Coup d'Etat en Birmanie, Aung San Suu Kyi arrêtée (afp)

Ils accusent la commission électorale de ne pas avoir remédié aux "énormes irrégularités " qui ont eu lieu, selon eux, lors des législatives de novembre, remportées massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, au pouvoir depuis les élections de 2015. Les banques ont été temporairement fermées, après de grosses perturbations sur les télécommunications, portables et Internet, a relevé l'ONG spécialisée Netblocks. Depuis l'indépendance du pays en 1948, celui-ci a connu deux coups d'État, en 1962 et 1988.

La ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès, autre ancienne occupante du 16, rue de la Loi, évoque quant à elle un " coup d'État qui vise à saper la démocratie ".

Tôt dans la matinée, Aung San Suu Kyi et le président de la République, Win Myint, ont été arrêtés. "Nous avons entendu dire qu'ils étaient détenus à Naypyidaw ", la capitale du pays, a précisé le porte-parole de la LND, Myo Nyunt.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a condamné "fermement" l'arrestation d'Aung San Suu Kyi par l'armée, tandis que le Conseil de sécurité devrait se réunir dans les prochains jours.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a lui aussi condamné dans un tweet le coup d'État et a réclamé la libération des "dirigeants civils arrêtés": "Je condamne le coup d'État en Birmanie et l'emprisonnement illégal de civils, dont Aung San Suu Kyi", a écrit le dirigeant britannique, "Le vote de la population doit être respecté et les dirigeants civils doivent être libérés".

Plus d'une dizaine d'ambassades, dont celle des Etats-Unis et la délégation de l'Union Européenne, avaient alors exhorté la Birmanie à "adhérer aux normes démocratiques", s'inquiétant d'un possible coup d'État.

"Les États-Unis s'opposent à toute tentative de modification des résultats des récentes élections ou d'entrave à une transition démocratique en Birmanie et vont agir contre les responsables si ces mesures [les arrestations, ndlr] ne sont pas abandonnées", informe dans un communiqué la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki.

Dans le communiqué décrétant l'état d'urgence, l'armée met en avant l'incapacité de la commission électorale à répondre aux plaintes concernant les listes électorales, le refus de la commission d'accepter de reporter le début des travaux du Parlement et les manifestations survenues pour protester contre les résultats du scrutin.

Les craintes s'étaient encore renforcées quand le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing - sans doute l'homme le plus puissant du pays - avait déclaré que la constitution pouvait être "révoquée " dans certaines circonstances. Le général Min Aung Hlaing avait même soulevé la possibilité d'abroger la Constitution.

Il s'agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte.

Le parti d'Aung San Suu Kyi, très critiquée à l'international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas, dont des centaines de milliers ont fui en 2017 les exactions de l'armée pour se réfugier au Bangladesh voisin, mais toujours adulée par une majorité de la population, avait remporté une victoire écrasante en novembre. Elle accorde à l'armée le contrôle de trois grands ministères - l'Intérieur, la Défense et les Affaires frontalières - garantissant à l'institution d'avoir en partie la main sur la politique birmane. Des négociations avaient été ouvertes entre militaires et civils; elles semblaient, d'après le Myanmar Frontier, avoir conduit à un apaisement ce dimanche. Avec "la déclaration du transfert de tous les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires aux militaires", "ces développements portent un coup dur aux réformes démocratiques en Birmanie", a-t-il ajouté.

"La relation entre le gouvernement et les militaires était compliquée", souligne Hervé Lemahieu, spécialiste auprès de l'institut Lowy en Australie.

Longtemps exilée en Inde et en Grande-Bretagne, Aung San Suu Kyi est rentrée en Birmanie en 1988, devenant la figure de l'opposition face à la dictature militaire.

Elle a passé 20 ans en résidence surveillée avant d'être libérée par l'armée en 2010.

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